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L’Allemagne peut bloquer les ventes d'armes de la France (mais peut-être pas pour longtemps)

La ministre des Armées Florence Parly et son homologue allemande Ursula von der Leyen cherchent à redéfinir la politique de ventes d'armes entre la France et l'Allemagne

La ministre des Armées Florence Parly et son homologue allemande Ursula von der Leyen cherchent à redéfinir la politique de ventes d'armes entre la France et l'Allemagne - Thomas SAMSON / AFP

La France et l'Allemagne ne cessent d'accroître leur liens dans le militaire: les développements de l'avion de chasse du futur ou du char franco-allemand en sont de bons exemples. Mais il reste à redéfinir des règles en revenant sur le droit de blocage de l'Allemagne sur certains contrats signés par la France.

La France et l’Allemagne ont-elles conclu un pacte secret sur les ventes d’armes à des pays extérieurs à l’Union européenne et à l’Otan? C’est ce qu’affirme le Spiegel en dévoilant dans son édition du 15 février que cet accord aurait été signé à Paris le 14 janvier dernier. Le but serait que les "parties ne puissent plus s'opposer à un contrat avec un pays tiers" comme la législation allemande le permet.

Dernier exemple en date, le blocage du contrat des missiles Meteor entre la France et l’Arabie saoudite à la suite de l’affaire Jamal Khashoggi, le journaliste saoudien assassiné dans le consulat d’Istanbul. L’engin est assemblé par MBDA, une filiale d’Airbus, BAE Systems et Leonardo. Mais son système de propulsion et ses ogives sont made in Germany donc soumis à la législation allemande. Dès le mois d'octobre, Angela Merkel a décidé de suspendre les ventes d'armes à Ryad. 

Rien de secret, tout est officiel

Pour le ministère des Armées, les affirmations du Spiegel sont absolument fausses. "Il n’y a jamais eu de pacte et encore moins secret puisqu’en la matière, nous sommes en discussion avec l’Allemagne comme l’a officiellement annoncé Florence Parly début février", nous a affirmé un porte-parole du ministère.

La ministre des Armées a en effet évoqué le sujet lors de la visite de l’usine Safran, le motoriste qui participe au développement du système de combat aérien du futur (Scaf). Cette réunion à laquelle participait Ursula von der Leyen, ministre allemande de la Défense donnait le coup d’envoi industriel au Scaf qui doit remplacer en 2035 le Rafale français et l'Eurofighter européen en s'appuyant sur une collaboration entre l'industrie française et allemande.

Les Allemands sont-ils prêts à changer de ligne? Lors de la conférence annuelle de Munich sur la sécurité, Ursula von der Leyen a fait une déclaration qui le laisse penser. "Nous, Allemands, ne devrions pas prétendre être plus moraux que la France". Reste à définir de nouvelles règles. "Pour le moment, nous n’avons encore trouvé aucune solution, l’enjeu est important, mais l’accord n’est pas simple à définir", explique le porte-parole du ministère des Armées.

L'impatience du patron d'Airbus

En attendant, les industriels de l'armement s’impatientent. Samedi, Tom Enders, patron d’Airbus, a élevé la voix sur le sujet. "Cela nous rend fous, depuis des années à Airbus, que la partie allemande se donne le droit de bloquer la vente, disons, d’un hélicoptère français alors que seule une pièce allemande minuscule est entrée dans sa fabrication", a confié à Reuters le président exécutif d’Airbus.

"Les Français et les Allemands […] essaient de s’entendre sur une nouvelle réglementation [...]. Mais pour le moment, ça ne donne aucun résultat”, relève Tom Enders qui plaide pour une régulation européenne. Une position qu’il soulève à un moment particulier. Le président d'Airbus doit quitter la direction de l'entreprise le 10 avril 2019 et sera remplacé par Guillaume Faury, président d'Airbus Commercial Aircraft.

https://twitter.com/PascalSamama Pascal Samama Journaliste BFM Éco