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De Squid Game à Mask Singer: comment la Corée du Sud a changé le paysage télévisuel

La série évènement "Squid Game" dépasse toutes les attentes sur Netflix tandis que les émissions coréennes font partie des formats les plus adaptés dans le monde.

"Triste réalité d'une société sud-coréenne bestiale". Un pays dans le monde s'est autorisé une critique cinglante de Squid Game, meilleur démarrage sur Netflix: la Corée du Nord. Sans surprise, le voisin ne s'est pas privé de dénoncer "la réalité de la culture capitaliste sud-coréenne", pays d'origine de la série.

Alors que se termine à Cannes le traditionnel marché international des contenus audiovisuels (MIPCOM), Le K-drama a pourtant démontré la force de la fiction sud-coréenne.

Et Netflix a clairement décroché la timbale avec cette dystopie violente dont on n'attendait pas un tel succès mondial. Son créateur, Hwang Dong-hyeok, est inconnu en France mais a réalisé quelques beaux succès cinématographiques dans son pays.

En réalité, Netflix récolte déjà les fruits de sa politique d'investissement dans le pays, connu mondialement pour le phénomène K-Pop et pour certains films primés mondialement (Memories of Murder, Old Boy, Parasite…).

En 2017, la plate-forme produit Okja, premier film Netflix en compétition à Cannes. Deux ans plus tard, la série Kingdom est lancée avec un des plus gros budgets pour une série non-américaine (1,5 million d'euros par épisode).

Nouvelles séries en approche

Preuve de l'importance du pays, Netflix a annoncé en février dernier un plan d'investissement de 500 millions de dollars (432 millions d'euros) pour cette seule année sur les séries et films produits en Corée du Sud. Il faudra s'attendre à une multitude de séries, en attendant la nouvelle saison de Squid Game.

Mais le pays s'invite aussi sur les chaînes de télévision du monde entier. Les deux formats de divertissement les plus adaptés dans le monde sur la dernière saison viennent de Corée et ont d'ailleurs été diffusées en France: Mask Singer (King of Mask Singer en version originale) et Show me Your Voice (I Can See Your Voice).

Si le Royaume-Uni reste le principal pourvoyeur de formats (près d'un tiers des exportations dans le monde), la Corée du sud représente aujourd'hui 5,3% des exportations devant le Japon (3,8%) et la France (3,4%). Le prochain format qui agite le milieu de la télé s'appelle DNA Singer et donne le micro à la fratrie d'un chanteur ou chanteuse célèbre…

Le virtuel s'impose doucement

Au-delà de la Corée, les producteurs de télévision se tournent de plus en plus vers l'Asie pour tenter de renouveler leurs concepts vieillissants, avec plus ou moins de succès. De la légèreté, de l'humour, un peu d'excentricité… autant d'ingrédients qui doivent donner un nouveau souffle au divertissement télévisuel. Surtout, l'Asie apporte au reste du monde les prémices d'un "métaverse" télévisuel, un univers qui mélange virtuel et réalité.

En septembre, la Fox a lancé aux Etats-Unis Alter Ego, un équivalent de Mask Singer mais avec des avatars numériques: les chanteurs inconnus sont bardés de capteurs pour afficher au jury leur jumeau en 3D.

Si la production est américaine, elle s'inspire d'une mode très populaire au Japon, notamment avec le personnage virtuel Hatsune Miku qui enchaîne les concerts à guichets fermés à travers le monde sans n'avoir jamais existé. L'année dernière, un des principaux labels de K-Pop, SM Entertainment, a lancé un groupe – Aespa – dont les quatre chanteuses sont accompagnées de leurs avatars. Un mélange des genres qui s'imposera dans le divertissement du futur, assure le patron de SM Entertainment. La Chine déjà plusieurs émissions avec des avatars, devenus des stars nationales.

La France prendra-t-elle le pli? Pour le moment, les chaînes restent prudentes sur les nouveaux formats. Mais France 3 diffusera bientôt "Hôtel du temps", une émission où Thierry Ardisson interviewera des stars défuntes et… virtuelles.

Thomas Leroy avec Simon Tenenbaum