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Ghosn: Renault veut garder le contrôle

Thierry Bolloré assure la direction exécutive de Renault depuis l'arrestation de Carlos Ghosn

Thierry Bolloré assure la direction exécutive de Renault depuis l'arrestation de Carlos Ghosn - AFP

Le conseil d’administration de Renault envoie une série de messages clairs.

Un conseil d’administration pour rien ? Certainement pas. Le conseil de Renault s’est réuni hier avec un agenda chargé de pressions politiques et médiatiques. Pression politique pour mettre au clair les pratiques de rémunération du groupe, et réponse claire : tout est parfaitement légal pour les années 2017-2018 et l’enquête continue sur les années antérieures, mais on comprend que le conseil ne s’attend pas à trouver d’irrégularités.

D’ailleurs cela avait été assez clair dans un rapport préliminaire remis en urgence quelques jours après que Bruno Le Maire avait demandé des contrôles: « la politique de rémunération de Renault pour ses hauts dirigeants est parfaitement conforme aux lois et règlements », la mission d’audit reste en cours, menée par des experts internes issus de la Direction de l'éthique de l'entreprise assistés d'experts externes indépendants, elle porte aussi sur les questions d’un éventuel abus de biens sociaux.

Pression médiatique ensuite sur le domicile fiscal de Carlos Ghosn, et là encore réponse claire du conseil : cela ne relève pas de ses compétences, le conseil d’administration évoque des « données personnelles » sur lesquelles il n’a pas, dans l’immédiat à se prononcer (cela pourrait changer évidemment si l’état actionnaire inscrivait dans la loi l’obligation de résidence fiscale en France pour les dirigeants d’entreprises dont il détient une participation significative)

Retrouver du poids chez Nissan

Mais l’essentiel restait bien les questions de gouvernance. On sait que le PDG de Renault est sans doute en prison pour des mois, et les dernières inculpations tombées à Tokyo viennent le confirmer: « étant donné qu’il refuse d’admettre la moindre culpabilité, il devrait rester en prison jusqu’à la tenue de son procès, sans doute dans six mois » avait dit Me Motonari Otsuru à l’issue de l’audience publique du début de semaine. Dans ces conditions ne faut-il pas faire évoluer la gouvernance de Renault ? Non répond le conseil, aucune raison, Thierry Bolloré assume les fonctions de directeur général, une direction provisoire est en place à la tête de l’alliance et rien n’indique qu’il faille modifier cela dans l’urgence.

Le sujet prioritaire pour Renault reste de reprendre toute sa place au sein du conseil d’administration de Nissan. Car c’est bien là qu’avec l’absence de Carlos Ghosn, les choses ont radicalement changé. En présence de Ghosn, les administrateurs référents de Renault au conseil de Nissan n’avaient finalement pas grand rôle, mais maintenant qu’il est démis de ses fonctions de PDG, la parole de l’actionnaire doit sans doute être portée différemment. Le nom de Thierry Bolloré lui-même circule pour porter cette voix, il faudra pour cela en passer par une assemblée générale, assemblée que Nissan refuse toujours de convoquer pour l’instant malgré les demandes pressantes de Renault. L’assemblée générale ordinaire viendra en effet au printemps, au moment peut-être du procès de Carlos Ghosn, une conjonction de calendrier qui peut rendre les choses complexes.

Quoi qu’il en soit, il n’y a pas péril. C’est finalement le message le plus important qu’on voulu diffuser ces dernières heures les trois entités majeures du groupe. Renault, on l’a vu, mais aussi Mitsubishi et enfin Nissan, dont le conseil se réunissait aussi et qui a réaffirmé « son engagement envers l’alliance ». Cela n’empêche pas les réflexions autour de l’après Ghosn, à Paris. Plusieurs sources de presse mettent en avant le nom de Jean-Dominique Senard, bientôt libéré de ses fonctions de direction du groupe Michelin. Un peu comme Louis Gallois est venu pacifier la gouvernance chez PSA et permettre à Carlos Tavares de redresser l’entreprise avec efficacité. Les déclarations des uns et des autres à l’occasion des résultats annuels des deux groupes en février, permettront peut-être une forme de confirmation