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Freebox Delta : 100 000 abonnés en 2 mois mais encore des questions

Xavier Niel  présente la Freebox Delta.

Xavier Niel présente la Freebox Delta. - AFP

L’opérateur s’attache surtout à convaincre les marchés de son virage premium avant la publication de ses annuels. Mais cette communication laisse de nombreuses zones d’ombre.

Ce n’est franchement pas dans les habitudes de Free mais face au sentiment de défiance des investisseurs et des marchés (son action a perdu plus de la moitié de sa valeur en un an), Free a tenu ce jeudi à démontrer que sa nouvelle Freebox Delta est un succès. De quoi valider son virage vers le premium ?

Le communiqué de presse annonce ainsi triomphalement « Moins de 2 mois auront suffi pour que la Freebox Delta séduise plus de 100 000 abonnés ». Malgré les 5 pages du document, les informations sont minimes. Il faut se contenter de cette citation de Xavier Niel, patron de l’opérateur.

« Nous avons été surpris par cet énorme succès. La Freebox Delta est une merveille tant pour sa connexion Fibre 10G, son agrégation xDSL+4G, son incroyable WiFi, Netflix inclus, que pour le son d’exception Devialet et j’en oublie ! C’est une nouvelle référence qui n’existe nulle part dans le monde. Aujourd’hui, nous livrons nos nouveaux abonnés au fil de l’eau, mais nous n’avions pas imaginé un tel succès. Seuls quelques milliers d’abonnés ont pu être livrés en décembre, nous présentons une nouvelle fois nos excuses pour ces retards. »

On peut également lire : « Ce succès était un défi d’autant plus difficile à réaliser dans un marché où les box d’entrée de gamme commencent à moins de 10€ par mois, à comparer au prix de la Freebox Delta, box à la fois haut de gamme et accessible au plus grand nombre compte tenu des économies réalisées sur les nombreux services et fonctionnalités inclus dans le prix ».

Le reste du communiqué fait la part belle aux commentaires dithyrambiques d’utilisateurs et au descriptif de la dite box.

Ventilation ?

Bref, pas grand-chose à se mettre sous la dent si ce n’est ce chiffre : « 100 000 », dont on ne connaît pas la ventilation entre nouveaux abonnés et clients en renouvellement. Or, c’est bien la conquête de nouveaux abonnés qui est cruciale dans un contexte de baisse de son parc de clients fixes.

Une chose est sûre, Free entend démontrer que sa stratégie de montée en gamme est la bonne malgré les critiques sur le prix élevé (60 euros par mois pour la formule la plus premium) qui l’ont forcé à ajuster son offre marketing, quitte à la rendre peu lisible.

D’ailleurs, on ne connaît pas non plus la ventilation des 100.000 entre les différentes offres (Delta, Delta S). Si la majorité de ces utilisateurs a opté pour la formule sans l’enceinte Devialet (qui alourdit la facture mensuelle de 10 euros), on ne pourra pas parler de succès de cette montée en gamme.

Cette communication est également une contre-attaque face aux rumeurs de succès mitigé de cette box compte tenu de la non-réaction de la concurrence. Et de préparer le terrain quelques jours avant la présentation de ses annuels (le 19 mars).

Mais pour Henry Tcheng de BearingPoint, cette box est « trop chère pour être une box de conquête. Elle vise plutôt le renouvellement d’une partie de la base installée ». Une partie seulement.

Reste qu’il peut-être encore trop tôt pour tirer des conclusions. La transformation sera longue et cette box a vocation à avoir un cycle long qui profitera de l’essor de la fibre optique en France. « L’objectif est clairement de changer de clientèle mais pour le moment, ils payent les pots cassés de cette montée en gamme. Ce changement de direction est déroutant pour une partie historique de ses clients. C’est donc l’histoire d’une transition un peu compliquée », commente Stéphanie Baghdassarian, analyste pour le Gartner.

La bourse accueille en tout cas favorablement cette annonce puisque le titre Iliad gagnait plus de 3% à l'ouverture ce jeudi.

Olivier CHICHEPORTICHE