BFM Business

Transport de marchandises: encore loin du long fleuve tranquille

La nouvelle agence Raboni sur les quais d'Issy-les-Moulineaux:  2000 m2 qui s'inscrivent parfaitement dans le paysage et le projet de réhabilitation des berges.

La nouvelle agence Raboni sur les quais d'Issy-les-Moulineaux: 2000 m2 qui s'inscrivent parfaitement dans le paysage et le projet de réhabilitation des berges. - Raboni

La France peut se targuer d'avoir 8.500 km de voies navigables, le plus grand réseau d'Europe. Dans le même temps, le transport fluvial de marchandises représente seulement 14 % du transport total. Certaines entreprises prennent les devants comme Raboni.

"Une cinquantaine de cités en France pourraient utiliser un fleuve pour leur logistique. Presque aucune ne le fait : leurs services s'occupent de transport public et scolaire, pas d'approvisionnement en biens de consommation". Danièle Patier, spécialiste de la logistique urbaine, dresse un état des lieux sans appel.

Il faut donc une bonne dose de conviction pour aller de l'avant. C'est le cas de Raboni, enseigne du groupe CRH, un groupe international d’origine irlandaise spécialisé dans la fabrication et la distribution de matériaux de construction. Raboni est sensible au respect de l’environnement et c’est ce qui l’a amené depuis 1953 à développer un réseau d’agences en bords de Seine et donc de transport fluvial.

3.500 camions en moins

Le projet d’implanter une nouvelle agence sur les quais d'Issy-les-Moulineaux est l’aboutissement d’une réflexion profonde. Il a été mené en partenariat avec Ports de Paris afin d’intégrer l'agence le plus naturellement possible au paysage urbain. Il s’inscrit dans le projet de réhabilitation des berges de Paris et Issy-les-Moulineaux. Ses 2.000 m2 s'intègrent parfaitement dans le paysage. Raboni a signé mais est aussi partenaire de la charte Sable en Seine 2. Le but est de restaurer les rives dans leur vocation à la fois d'espace public et d'espace de développement économique. Les deux sont parfois difficilement compatibles.

La Ville de Paris est exigeante: elle impose aux ports de grosses contraintes d'esthétique, d'éclairage, de partage du temps d'usage avec le grand public.

Avec cette agence flambant neuf, Raboni mise plus que jamais sur le transport fluvial. Sa péniche permet d’affréter 70.000 tonnes de matériaux, ce qui nous représente une économie de plus de 3.500 trajets en camions par an. Par ailleurs ses clients peuvent également déposer leurs déchets, ce qui représente plus de 20.000 tonnes de déchets et agrégats collectés puis recyclés par an grâce à un partenariat avec Paprec. Au final 1.000 trajets en camions par an

Moitié moins que dans les années 70

Raboni fait figure d'exemple. Le transport fluvial reste pour l'essentiel une affaire de gros chargeur : il faut beaucoup de trafic pour que cela soit rentable. Et la réglementation ne fait pas encore bouger les lignes. En 2011, un projet de loi a été voté afin de moderniser l'organisation du service public de la voie d'eau. L'objectif est faire évoluer la part cumulée du fret ferroviaire et du fret fluvial de 14% à 25 % à l'échéance 2022.

Dans le projet de loi sur la transition énergétique, pour financer les projets de transport ferroviaire de voyageurs, "la régénération des voies ferrées, ainsi que les projets de transport fluvial de marchandises", les collectivités pourront bénéficier de 5 milliards d'euros de prêts "transition énergétique et croissance verte". Le transport fluvial de marchandises ne représente plus aujourd’hui que la moitié de ce qu’il était en 1970.

Nathalie Croisé