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Stations-service: pourquoi elles disparaissent

Les territoires ruraux et les stations-service tenues par des indépendants sont particulièrement touchés par la désertification.

Les territoires ruraux et les stations-service tenues par des indépendants sont particulièrement touchés par la désertification. - -

Le nombre de points de vente de carburant en France s'est réduit d'un tiers en trente ans. Normes européennes, déresponsabilisation de l'Etat et mutation des comportements sont à l'origine de ce démaillage.

La France est menacée de désertification des stations-service. C'est le cri d'alarme que lance la Fédération nationale de l'artisanat automobile, ce lundi 28 mai.

Près de quatre millions de Français n'auront bientôt plus aucune station-service à moins de 10 minutes en voiture de chez eux, selon une étude de la Datar. Et une cinquantaine de départements sont en voie de désertification. La fédération rappelle en outre que le nombre total de stations-service a déjà été divisé par trois en 30 ans. De 47.500 en 1975 à 12.300 en 2012. Mais pourquoi un tel détricotage ?

Il y a certes des changements technologiques. Les voitures actuelles consomment bien moins de carburant que leurs aînées. Mais il y a beaucoup plus de véhicules en circulation. Si bien qu'en volume, la consommation d'essence et autre gazole a augmenté au cours des trente dernières années, explique Emilie Repusseau, représentante de la FNAA (Fédération nationale de l'artisanat automobile).

Par ailleurs, l'Union européenne impose des normes environnementales aux stations. Les artisans ont jusqu'au 31 décembre 2013 pour s'y conformer, une date-limite déjà repoussée de trois ans… Or l'équipement que cela nécessite est très onéreux.

Des impératifs de maillage pour les concessionnaires d'autoroutes

Il existe bien un organisme public censé aider les indépendants. C'est le Comité professionnel de distribution de carburants (CPDC), institué en 1991. Son rôle est d’aider les distributeurs de carburants indépendants. Jusqu'en 2006, le budget annuel du CPDC excède les 10 millions d'euros. Mais depuis 2007, il ne cesse de baisser, pour atteindre 3 millions en 2012. Sachant que pour se conformer à une seule des différentes normes imposées par l'Union européennes, les petites stations ont besoin de neuf millions d'euros de subventions…

En somme, l'Etat s'est déresponsabilisé. Jusque dans les années 80, le gouvernement imposait un certain nombre de stations-service sur les routes, à intervalles régulier. Mais depuis la libéralisation des prix des services, ces règles, obsolètes, ont disparu, explique-t-on au CPDC.

Il reste encore des impératifs de maillage à respecter sur les autoroutes. Mais ces voies rapides sont désormais privatisées. Il revient donc à des groupes privés comme Vinci, Eiffage et les autres, de s'assurer qu'il y a suffisamment de points de vente de carburant sur les différents tronçons. Mais il y a autant de façon de faire que de concessions…

Si bien qu'aujourd'hui, la densité en stations-service de la France est l'une des plus faibles d'Europe avec 2,5 stations au 100 kilomètres carré, contre 3,1 de moyenne dans l'Union, 4,3 en Allemagne, 7,3 en Italie.

Nina Godart