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Pourquoi les compagnies pétrolières misent tant sur le gaz naturel liquéfié

(image d'illustration)

(image d'illustration) - Ken Hodge - Wikimédia - CC

Les majors pétrolières et gazières comme Total, BP ou encore Shell préfèrent désormais investir dans des terminaux méthaniers plutôt que de financer de nouveaux gazoducs.

Le gaz naturel liquéfié a séduit les géants de l'énergie. Le français Total a récemment annoncé le rachat d'activités dans ce domaine à Engie et possède, entre autres, une participation de 20% dans le gigantesque site gazier de Yamal, situé en Sibérie arctique, inauguré ce vendredi 8 décembre. L'anglo-néerlandais Shell, numéro un mondial du GNL, a lui acquis en 2016 son rival britannique BG Group, très présent sur ce marché, pour 47 milliards de livres (53 milliards d'euros).

La demande ne cesse de croître 

"La demande en GNL va croître ces prochaines années, pour un certain nombre de raisons liées à la progression de la demande du gaz naturel dans son ensemble", explique Peter Hartley, professeur à la Rice University (Texas). Cette demande est tirée par la croissance économique des pays en développement, qui recherchent également des énergies plus propres. Or le gaz naturel, outre qu'il est en ce moment bon marché, pollue beaucoup moins à l'usage que le charbon ou que le pétrole. Il fournit aussi une énergie d'appoint utile au développement des renouvelables.

L'Agence internationale de l'Energie (AIE) prévoit ainsi une hausse de 45% de la consommation mondiale de gaz ces 25 prochaines années. Selon son scénario, les pays en développement d'Asie, Afrique, Amérique latine et Moyen-Orient devraient assurer 80% de cette progression.

Parmi les options pour transporter le gaz, la liquéfaction offre de nombreux avantages. Lorsqu'il est refroidi pour être transformé à l'état liquide, il occupe beaucoup moins de volume et peut ainsi être transporté facilement par bateau.

Le GNL permet de s'affranchir des contraintes géopolitiques

Dans des échanges mondiaux en croissance, cela offre de la flexibilité par rapport aux gazoducs, selon Thierry Bros, chercheur à l'Oxford Institute for Energy Studies.

"Quand vous êtes un fournisseur de GNL, vous allez là où le marché vous dit d'aller, souligne Thierry Bros. Avec le GNL, vous êtes sûr de ne pas vous tromper".

"De nombreux pays considèrent le GNL comme une source d'importation de gaz naturel plus sûre que les gazoducs. Le GNL peut être importé de nombreux fournisseurs potentiels, alors que les tuyaux tendent à lier l'un à l'autre le fournisseur et le client", souligne aussi Peter Hartley.

L'AIE prévoit ainsi que les gros projets de gazoducs transfrontaliers auront à l'avenir du mal à se matérialiser face au trafic du GNL. Exception faite des projets liant la Chine à la Russie et au Turkménistan. Ces derniers bénéficiant d'un solide soutien politique et financier.

Les grands projets en la matière ont souvent des dimensions géopolitiques complexes qui freinent leur mise en oeuvre. Nord Stream 2, censé permettre à davantage de gaz russe d'arriver directement en Allemagne, se heurte par exemple à l'hostilité de pays de l'est bloc soviétique et de la Commission européenne.

Le gaz naturel liquéfié, outil pour "stabiliser les prix du gaz"

Du côté du GNL, la tendance est en revanche à des terminaux plus petits, plus souples et moins chers. "On a mis en place depuis une dizaine d'années de la regazéification flottante", sur des navires ou des embarcations dédiées, rappelle Thierry Bros. Total construit par exemple une de ces unités (connues sous leur acronyme anglais FSRU) en Côte d'Ivoire.

Cette souplesse permet de plus en plus l'émergence d'un marché mondial, fruit d'une rencontre plus immédiate de l'offre et de la demande, là où les grands contrats d'approvisionnement de long terme prévalaient autrefois. "Le GNL crée un marché plus fluide et mobile, permettant à l'offre de répondre à la demande. Finalement, cela va de plus en plus stabiliser les prix du gaz naturel", estime ainsi Tisha Schuller, du cabinet Adamantine Energy.

Antonin Moriscot avec AFP