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Pourquoi l'État ne réduira pas la part du nucléaire à 50% à l'horizon 2025

La centrale nucléaire de Cattenom (image d'illustration)

La centrale nucléaire de Cattenom (image d'illustration) - S.B. - BFM Business

Afin de limiter l'augmentation des émissions de gaz à effet de serre provenant du secteur de l'énergie, l'État doit reporter la fermeture des centrales nucléaires.

En déclarant, mardi 7 novembre, que la France n’arriverait pas à ramener la part du nucléaire dans la production d’électricité à 50% d’ici 2025 -un objectif pourtant inscrit dans la "loi Royal"- le ministre de la Transition écologique Nicolas Hulot a fait bondir les associations de défense de l’environnement.

Selon plusieurs sources, c’est la présentation d'un scénario de RTE détaillant l’évolution de la consommation d’électricité dans les années à venir (le scénario "Ampère") qui a poussé le ministre à faire une telle déclaration. Dans le document diffusé (et retiré depuis de son site internet) l’entreprise publique indiquait que l’objectif fixé par la loi de transition énergétique ne pourrait pas être atteint avant l’horizon 2035, sans que les émissions de dioxyde de carbone (CO2) augmentent.

Pour tenter de désamorcer la polémique naissante, l’ex-ministre de l’Écologie a rappelé dans un tweet que "la loi ne dit pas 2025 mais à l’horizon 2025". Ségolène Royal a également appelé à "ne pas décourager les innovations dans les énergies propres et les économies d’énergie en remettant en cause des repères pour réussir le nouveau modèle énergétique".

Un objectif dès le départ inatteignable

"Tout le monde sait, depuis longtemps, que cet objectif de 50% de nucléaire à l’horizon 2025 est impossible à atteindre si l’on veut conserver le niveau d’émissions de CO2 du système électrique français. Soit 22 millions de tonnes aujourd’hui", clarifie Jean-Louis Bal, le président du Syndicat des énergies renouvelables (SER). Il précise qu’au rythme actuel de développement de l’éolien, du photovoltaïque et d’autres énergies propres, "on ne peut pas remplacer le nucléaire qu’avec des sources renouvelables".

Jean-Louis Bal souligne que "les simplifications réglementaires à venir, la meilleure gestion des recours contre l’éolien, les appels d’offres plus ambitieux (en termes de puissance installée, NDLR) dans les énergies marines renouvelables ou le photovoltaïque" vont permettre de rapidement augmenter la contribution des énergies propres au mix énergétique français, sans toutefois pouvoir le quantifier.

Pour rappel, les 58 réacteurs qui composent le parc nucléaire français contribuent actuellement à hauteur de 72% de la production électrique du pays. Tandis que les sources d’énergie renouvelable (hydraulique, photovoltaïque et solaire) génèrent environ 20% de la production, selon les données de RTE.

Le nucléaire est complémentaire des énergies renouvelables

Dans son Observatoire annuel mondial des marchés de l’énergie, la société de services informatiques et de conseil Capgemini souligne que l'électricité nucléaire reste encore nécessaire "en tant que complément décarboné et programmable aux renouvelables". Des sources d’énergie qui, par définition, ont une production intermittente.

Jean-Louis Bal reconnaît d’ailleurs qu’il va falloir faire des progrès en matière de stockage de l’électricité produite par ces sources. Il cite notamment le développement, en cours, de batteries capables de stocker les surplus de production ou du développement de l’autoconsommation chez les particuliers comme les professionnels.

Pour respecter les objectifs de la loi de transition énergétique, il faudrait, selon la Cour des comptes fermer entre 17 et 20 réacteurs nucléaires sur les 58 en fonctionnement. En pratique, l’État devrait donc fermer environ deux installations par an jusqu’en 2025. Or, une seule fermeture a été annoncée. Elle concerne la centrale -vieillissante- de Fessenheim (Haut-Rhin).

La fermeture des réacteurs, un projet complexe et coûteux

En contrepartie, l’exploitant du site a obtenu de l’État que cette fermeture n’intervienne pas avant la mise en service de l’EPR de Flamanville (Manche). Une mesure accompagnée d’une indemnisation à hauteur de 489 millions d’euros, dont un premier versement de 100 millions d’euros interviendra lors de l’arrêt des réacteurs. Le solde étant constitué d’une part fixe et d’une part variable.

Le plan initial à l’horizon 2025 "serait très coûteux alors que les investissements dans les réacteurs existants est largement amorti et que de nouveaux investissements importants devraient être financés" souligne, dans un rapport publié par Capgemini, Colette Lewiwer, par ailleurs administratrice d’EDF.

"Fermer un nombre aussi important de centrales tout en gardant le niveau actuellement faiblement carboné de l'économie française représente un énorme défi alors que les renouvelables devraient être fortement encouragées pour remplacer les centrales nucléaires; et même dans ce cas, elles ne seraient probablement pas en mesure d'assurer la sécurité de l'approvisionnement électrique", conclut-elle.

Antonin Moriscot Journaliste BFMTV