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Plastiques recyclés: une mine pour Suez Environnement

PLAST'Lab, nouveau laboratoire de Suez Environnement va permettre d'analyser, de tester, de caractériser les matières plastiques et de produire de nouvelles gammes de ressources plastiques à destination des industriels

PLAST'Lab, nouveau laboratoire de Suez Environnement va permettre d'analyser, de tester, de caractériser les matières plastiques et de produire de nouvelles gammes de ressources plastiques à destination des industriels - Suez Environnement

En France, environ 25 % des plastiques sont recyclés. Dans ce domaine, Suez Environnement veut doubler sa production d'ici 5 ans. Le groupe fait évoluer sa stratégie en devenant fournisseur de matières premières. Il vient d'inaugurer PLAST'Lab, un laboratoire de recherche qui servira à mettre au point et tester des plastiques recyclés.

Prenez des granules de plastique recyclé, faites-les chauffer, intégrez des composants comme de la craie ou encore un colorant, mêlez le tout, il en ressort en bout de chaîne un nouveau plastique au mélange homogène. Il pourra servir de base à la composition d'un nouveau produit. C'est l'une des applications de ce tout nouveau laboratoire de Suez Environnement inauguré lundi à Croissy dans les Yvelines.

Le groupe veut clairement répondre aux attentes des industriels: résistance au choc, à la chaleur, étirement, etc. Tout va être testé. Les objectifs sont précis: caractériser les matières plastiques, produire de nouvelles gammes de ressources plastiques et anticiper ainsi les besoins de demain.

Pour ce faire, le groupe s'appuie sur son savoir-faire. Son Cirsee, centre historique de recherche international sur l'eau et l'environnement, comprend 110 experts. Plus de 100 partenaires externes travaillent avec le groupe, sur 65 programmes de R&D en cours. Ce PLAST'lab est donc une pierre supplémentaire à l'édifice, laboratoire entièrement dédié aux plastiques.

Jean-Louis Chaussade, directeur général de Suez Environnement, y voit un marché au potentiel considérable. "La raréfaction des ressources va devenir une problématique centrale des entreprises. Elles vont faire en sorte de réutiliser au mieux les matières dont elles disposent. "L'aluminium est ainsi valorisé à 80 %. Le plastique atteint encore seulement les 25 % de taux de recyclage et pourtant il se recycle aussi bien que le verre. 

Production sur mesure

"Il n'y a pas un seul plastique, mais plusieurs", souligne Yann Vincent, directeur général du pôle recyclage de Sita France, filiale de Suez Environnement. Pour simplifier la donne, quatre familles seront traitées en priorité car elles représentent le plus important gisement. Il s'agit du PET, issu des bouteilles qui peut se recycler en une autre bouteille ou en barquette. Des fibres servent aussi à la fabrication des polaires et bientôt d'autres vêtements.

Autre plastique: le polypropylène, que l'on trouve dans bon nombre d'emballages et qui sont bien utiles dans le secteur de l'automobile, des revêtements de sol ou encore du mobilier de jardin. Les chutes de production de PVC qui proviennent de la menuiserie ou encore des chantiers de déconstruction peuvent servir à élaborer notamment de nouveaux produits pour l'habitat.

Mais la priorité des priorités pour Suez Environnement réside dans les bâches agricoles. Le matériau recyclé peut servir à fabriquer des tuyaux d'irrigation, des systèmes de protection pour les roues des camions ou encore les sacs poubelles que l'on voit fleurir dans les rues de Paris. Yann Vincent n'hésite pas à affirmer que son groupe veut passer de la position de sous-traitant à celle d'un vrai partenaire. C'est ainsi que ses clients, les industriels, pourront fournir leurs propres chutes de production pour obtenir du sur-mesure. Il ne s'agit plus de fabriquer des granules qui seront commercialisées pour des applications de moindre qualité mais de travailler sur un cahier des charges précis afin de livrer un produit de qualité.

Volonté des industriels

Tout n'est pas si rose. Ce laboratoire de recherche a vu le jour car il faut encore optimiser la qualité de ces plastiques recyclés. Dans certains cas, il peut s'agir de se débarrasser d'odeurs, dans d'autres de les rendre plus résistants. Le coût aussi est un des facteurs clés du développement de cette filière. Le prix de certains plastiques utilisés dans l'alimentation peut être équivalent à celui obtenu grâce à la matière vierge. Mais dans bon nombre de cas, il peut dépasser de 30 à 40% le prix d'un produit classique.

Suez Environnement ne s'inquiète pas pour autant de la baisse actuelle des cours du baril de pétrole car, dans tous les cas, c'est l'ensemble des prix qui vont baisser. Il coûtera moins cher de récupérer de la matière pour la recycler. Et puis pour Jean-Louis Chaussade, les industriels ont une volonté d'introduire plus de produits recyclés dans l'ensemble de leur production, indépendamment de la problématique de coût.

Marché mondial

Mais pour atteindre les objectifs, il faut récupérer plus de matières en amont. Suez Environnement mise beaucoup sur une optimisation du tri. Toute la profession s'organise. La semaine dernière, l'éco-organisme Eco-Emballages a lancé l'extension des consignes de tri à l'ensemble des plastiques d'ici 2022. La première étape vise, d'ici 2016, l'extension à 8 ou 10 millions d'habitants supplémentaires, par rapport aux 3,7 millions impliqués dans la phase expérimentale.

Dans un rapport récent, l'Ademe juge nécessaire d'améliorer la collecte et d'augmenter la capacité des centres de tri pour atteindre l'objectif de 60 % de déchets recyclés en 2025. Suez Environnement, acteur historique de la gestion de l'eau et des déchets, il faut le rappeler, refuse d'avancer pour le moment le moindre chiffre sur les investissements qui seront nécessaires à terme. Le PLASt'Lab a nécessité un million d'euros d'investissement. Le groupe, en produisant de la matière première, estime en tous cas pouvoir gagner un marché international plus vaste. Il est déjà présent dans plus de 70 pays sur 5 continents.

Nathalie Croisé