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Les risques liés à l'eau: des entreprises de plus en plus concernées

Trois quarts des grandes sociétés évaluent comment la qualité et la quantité d'eau pourraient influer sur la rentabilité de leur entreprise selon la dernière enquête du CDP.

Trois quarts des grandes sociétés évaluent comment la qualité et la quantité d'eau pourraient influer sur la rentabilité de leur entreprise selon la dernière enquête du CDP. - DR

37 pays dans le monde connaissent un stress hydrique. Ce sont des pays européens, comme Chypre, ou Malte, du Moyen-Orient (Qatar, Émirats arabes unis, Pakistan), d’Afrique (Maroc, Sahara de l’Ouest) et d’Asie (Mongolie, Singapour). Les entreprises elles-mêmes sont exposées. L'organisation internationale CDP qui suit de près les entreprises sur les questions environnementales vient de publier un rapport.

"L'eau est une ressource essentielle pour tout business. Les risques encourus voire les dommages qui pourraient limiter la croissance d'une entreprise sont de plus en plus sérieusement pris en compte." Les propos de Paul Simpson, l'un des co-fondateurs du CDP sont illustrés par les résultats de l'enquête menée auprès de plus de 300 sociétés.

Les deux tiers des plus grandes entreprises dans le monde (68 %) font état de risques liées à l'approvisionnement en l'eau. Pour certaines même (22 %) cela pourrait limiter leur développement. Les investisseurs regardent de très près ce facteur crucial pour une entreprise.

Le nombre d'investisseurs réclamant des informations sur la prise en compte de l'eau a ainsi progressé de 300 % en 4 ans. L'impact pourrait être très rapidement visible dans les 3 ans maximum pour certaines entreprises. C'est évidemment dans les pays émergents comme le Brésil, la Chine, l'Inde que le phénomène est encore plus marqué. C'est le cas à Sao Paulo frappée depuis des mois par une grave sécheresse qui menace l'approvisionnement en eau de millions de personnes.

Certaines entreprises ont commencé à prendre en compte cette problématique, on peut citer Diageo, H&M, Merck ou encore Unilever . Les trois quarts des grandes sociétés évaluent comment la qualité et la quantité d'eau pourraient influer sur la rentabilité de leur entreprise. La quasi totalité d'entre elles (90%) intègre l'eau dans leur stratégie globale et 82% ont fixé des objectifs de réduction de la consommation .

Mais qu'est-ce qu'un risque lié à l'eau ?

Cisco a ainsi déjà réalisé des économies d'un million de dollars par an. Nestlé est très engagé avec plus de 40 millions de dollars investis pour améliorer la qualité. Quand on détient des grandes marques comme Vittel ou encore San Pellegrino, c'est primordial.

Coca-Cola et ses embouteilleurs ont dépensé près de 2 milliards de dollars pour réduire leur consommation d'eau et en améliorer la qualité. BASF va même plus loin, le groupe estime que la préservation de l'eau, son traitement et son recyclage pourraient lui permettre de gagner un billion de dollars supplémentaires d'ici 2020.

Ces actions positives ne suffisent pourtant pas encore et les investisseurs attendent que plus de la moitié des sociétés donnent des informations plus précises sur leur exposition au stress hydrique. Le moins bon élève sur ce point est le secteur de l'énergie.

La plus grande difficulté pour les entreprises est de définir précisément le risque. Ainsi Exelon, entreprise de production et de distribution d'électricité avait utilisé l’atlas des risques de l’eau qui lui a permis de se rendre compte qu’elle faisait face, dans certaines régions, à une situation de stress hydrique jugée de faible à moyenne.

Mais ces résultats se sont révélés différents de ceux d’une précédente estimation où l’entreprise avait utilisé la définition de l’ONU. L'organisation mondiale a donc décidé de s'atteler à une standardisation. Des groupes de travail devront livrer leurs conclusions. Les marges de progrès sont donc tangibles.

Nathalie Croisé