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Les green bonds: un modèle à développer

SEB banque, l'un des pionniers des green bonds va bientôt lancer un fonds d'investissement vert en France

SEB banque, l'un des pionniers des green bonds va bientôt lancer un fonds d'investissement vert en France - SEB Banque

Les obligations qui financent des projets favorables à l'environnement pourraient atteindre cette année 30 milliards dans le monde. Soit une progression de près de 50% par rapport à l'année dernière,  selon Standard & Poor's. De quoi réjouir la banque qui a donné l'impulsion, SEB.

SEB. Derrière ces 3 lettres, une banque nordique qui a plus de 150 ans d'existence, 16 000 employés dans une vingtaine de pays. Cet établissement qui est l'un des plus solides au monde est aussi un peu "le père fondateur" des green bonds, ces obligations qui financent des projets favorables à l'environnement.

En 2007, la question du réchauffement climatique devenait de plus en plus réelle. SEB se rapproche de la Banque Mondiale pour développer le concept des émissions vertes. Son objectif: rapprocher les investisseurs et les porteurs de projets durables qui commençaient à voir le jour. Les deux établissement décident de miser sur la simplicité et optent pour le "copier-coller": les green bonds sont émis avec la même documentation que les obligations classiques. Ils peuvent être utilisés pour financer de nouveaux projets voire en refinancer.

Des institutionnels mais pas seulement

Pour Christopher Flensborg, responsable de l’équipe produits financiers de développement durable au sein du département obligataire de SEB Banque, ces obligations vertes modifient le rapport entre les investisseurs et les entreprises. Ces dernières parlent directement de leurs projets, de leur ADN. Les investisseurs peuvent poser des questions. L'émetteur a un devoir: fournir aux investisseurs un reporting présentant les projets financés par la transaction.

Trois univers sont privilégiés: la réduction carbone, l'efficacité énergétique et la préservation de l'environnement. La transparence est le maître-mot de ces obligations. L'explosion de la demande fait aussi son succès.

Le modèle évolue Jusqu’à présent, c’étaient des institutions telles que la Banque mondiale ou la Banque européenne qui souscrivaient ces obligations. C'est ainsi que la Banque Mondiale a accompagné pour 200 millions de dollars le projet de gestion des inondations et drainage du bassin de la rivière Huai en Chine ou encore la réduction des émissions de CO2 et la transformation des transports à Mexico pour 150 millions de dollars. Le marché s'ouvre: l'an dernier, 44% des émissions ont été lancées par des banques multilatérales, 38% par des entreprises et 13% par des collectivités locales.

Bientôt un nouveau fonds en France

Sur le principe, le concept est séduisant. Il reste des zones de flou. "Qu'est ce qui est vert finalement?" Christopher Flensborg se pose lui-même la question. D'emblée, SEB a eu conscience que ce sujet dépassait les domaines de compétence de la finance.

La banque a donc eu recours à un groupe de scientifiques à Oslo pour plancher sur le cadre. "Un pur player c'est facile", souligne Marianne Gut chargée de la gestion d'actifs mais "dans d'autres cas une expertise est nécessaire."

La confusion peut être grande également avec la politique de développement durable. Des entreprises n'ont pas hésité à émettre des obligations vertes destinées à financer leurs activités traditionnelles comme du bâtiment durable ou des voitures plus propres.

SEB reconnaît qu'il y a encore un cadre à définir. Les plus jeunes entreprises doivent pouvoir en bénéficier. Jusqu'à présent les projets soutenus étaient aussi pour majorité hors d'Europe. SEB va peut-être changer la donne avec le lancement d'ici un mois de son propre fonds d'investissement vert en France qui visera aussi bien les institutionnels que les investisseurs individuels.

Les émetteurs seront passés au crible. Le fonds sera lui-même passé en revue deux fois par an. Christopher Flensborg se veut optimiste: "nous pensons que le marché va se développer en même temps que les cadres vont se structurer. Des investisseurs seront même prêts à payer plus cher si le niveau de reporting est élevé."

Nathalie Croisé