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La Banque mondiale livre sa vision d'un futur Zéro Carbone

La Banque mondiale vient de dévoiler son rapport Decarbonizing Development. Il estime que les Etats doivent atteindre Zéro émission en 2100 pour lutter efficacement contre le changement climatique.

La Banque mondiale vient de dévoiler son rapport Decarbonizing Development. Il estime que les Etats doivent atteindre Zéro émission en 2100 pour lutter efficacement contre le changement climatique. - Banque Mondiale

L'institution met en garde les gouvernements: le coût de la lutte contre le réchauffement climatique pourrait devenir bien plus lourd si des actions ne sont pas mises en oeuvre rapidement. Une hausse rapide d'au moins 50%. La Banque mondiale préconise donc dans un rapport publié ce lundi 11 mai trois étapes pour réduire les émissions de gaz à effet de serre.

"L'objectif est d'atteindre Zéro émission en 2100, et non de les réduire à la marge dans les prochaines décennies. " Marianne Fay chef économiste de la Banque mondiale qui a dirigé la rédaction de ce nouveau rapport place la barre haut. Son titre: Decarbonizing Development: Three Steps to a Zero Carbon Future . Les conclusions: une série de mesures doivent être mises en place qui impliquent notamment des transformations structurelles de nos économies. Le principe peut sembler simple sur le papier mais il nécessite un changement de modèle. Ceux qui nous gouvernent devront donc procéder par étapes. La première est de fixer un plan à long terme et non pas à moyen terme. La deuxième étape consiste à établir des prix adaptés qui traduisent des changements notables en terme d'investissements et de comportements. Il faudra aussi faire en sorte de de vivre cette transition nécessaire en douceur.

Fixer un juste prix au carbone

La Banque mondiale préconise donc d'investir dès à présent dans la R&D. Il faudra du temps pour que le virage se fasse. Il faut aussi éviter de prendre la moindre décision qui entraine une nouvelle augmentation des émissions de carbone et qui finalement deviennent obsolètes à l'avenir au vu des objectifs fixés. En premier lieu, l'institution recommande de tourner la page des énergies fossiles pour aller vers des énergies propres. Optimiser l'efficacité énergétique sera incontournable. Une gestion durable des forêts doit être engagée afin de préserver notre patrimoine.

Au cœur de ce rapport, la question du prix du carbone. Les experts sont formels: une ligne politique doit être fixée afin d'atteindre les objectifs "bas carbone". Une taxe carbone ou un marché du carbone équitable est, selon ce rapport la voie la plus efficace pour encourager la limitation des émissions de CO2. Et de citer la Grande Bretagne. À Londres, l’assemblée qui supervise la politique de la capitale a adopté une motion en mars, incitant l’organisation qui encadre les fonds de pension de la ville à sortir dans les cinq ans à venir des énergies fossiles. Les dirigeants de la Banque d’Angleterre n'ont pas hésité à évoquer le risque financier qui pèse sur les assurances qui détiennent trop d’actions de compagnies pétrolières dont la valeur pourrait baisser dans le futur.

Ne pas oublier les plus pauvres

La taxe carbone est souvent vue comme une contrainte et soulève un tollé. Il suffit de citer le cas de la France. C'est pourquoi le rapport de la Banque mondiale propose de mettre en place des politiques incitatives: fixer des normes de rendement en matière d'efficacité énergétique, promouvoir les véhicules moins polluants, proposer des technologies bas-carbone moins chères ou encore favoriser l'accès aux énergies renouvelables. Les gouvernements ne doivent pas oublier les populations les plus exposées et notamment les citoyens en situation de précarité énergétique. Ils sont ainsi 5 millions de foyers en France.

Selon Jim Yong Kin, président de la Banque mondiale "le changement climatique représente une menace fondamentale pour le développement humain". Le rapport cite notamment la politique engagée au Ghana de substitution des énergies fossiles. Dans un premier temps, les prix des carburants dans les transports ont augmenté mais les investissements ont été conséquents en matière d'électrification des zones rurales les plus pauvres et le développement du système de santé. Et le rapport de conclure: "certains pays vont s'embarquer plus tôt que d'autres dans ce voyage. Notre message est que se fixer des objectifs rapidement c'est la voie de la réussite." La question du financement sera d'ailleurs au cœur de la COp21 de décembre à Paris.

Nathalie Croisé