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Après Fessenheim, EDF ne veut pas fermer d'autres réacteurs avant 2029

VIDÉO - L'électricien a présenté sa feuille de route à l'Etat pour le nucléaire. En dehors de Fessenheim, il ne prévoit pas de fermer d’autres centrales avant 2029.

Le bras de fer promet d’être musclé entre EDF et le gouvernement. Jeudi, le groupe a tenu un conseil d’administration au cours duquel il a présenté sa stratégie énergétique à long terme. Les membres du conseil, dont les représentants de l’Etat, avaient demandé à la direction de l’entreprise de lui présenter ses perspectives dans le cadre du débat sur la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) qui a débuté la semaine passée.

Comme à son habitude, EDF n’a pas tenu à s’inscrire dans la politique gouvernementale défendue par le ministre de la transition énergétique, Nicolas Hulot. L’objectif de réduire la part du nucléaire dans la production électrique ne sera atteint qu’entre 2040 et 2050, selon un participant au conseil. L’objectif de 2035, envisagé par le gouvernement, n’a même pas été abordé. "On n’a pas besoin de fixer une date précise, peste un dirigeant d’EDF. Nous ne faisons pas de politique irrationnelle mais avons établi un plan rationnel au niveau économique et industriel".

EDF estime qu’aucun réacteur nucléaire ne pourra être fermé d’ici 2029, en dehors des deux de Fessenheim. "Notre ambitieux plan solaire prévoit de la construction de l’équivalent de cinq réacteurs en 2035, décrypte un proche de l’entreprise. On ne va pas fermer plus de centrales avant sans solution de rechange". Par rapport au schéma sur lequel planche le ministère de l’Ecologie -qui prévoit dix réacteurs fermés en 2035-, celui d’EDF est donc deux fois plus lent. La date de 2029 n’est pas un hasard. C’est la date du cinquantième anniversaire de la plus vieille centrale française en dehors de Fessenheim. : Tricastin. EDF souhaite porter l’ensemble de ses 58 réacteurs à cet âge.

EDF réclamera des indemnités à l’Etat

Ces perspectives ont été présentées en grande pompe par l’état-major du groupe, composé de Antoine Cahuzac, en charge des activités renouvelables (à partir du 16 avril il sera remplacé à ce poste par Bruno Bensasson), Dominique Minière à la tête du nucléaire, et de Xavier Ursat, qui dirige les nouveaux projets nucléaires. Leur publication en conseil d’administration, devant les représentants de l’Etat actionnaire (85%), revêt un caractère officiel. Les souhaits d’EDF sont loin des premières réflexions qui envisage de fermer une dizaine de réacteurs d’ici 2035. Sachant que le rythme de fermeture est d’environ une tous les 18 à 24 mois, cet objectif ne serait pas tenu avant 2040…

Dans le cas où l’Etat imposerait ces fermetures avant 2029, le message d’EDF est clair : l’Etat devra l’indemniser. "Ce schéma est optimal en termes économiques donc si on en sort, il faut payer…", ajoute un proche de l’entreprise. La menace est réelle. Pour accepter la fermeture de Fessenheim, EDF a négocié de généreuses indemnités l’an passé. L’Etat lui versera 446 millions d’euros, à quoi s’ajoutera un complément pour le manque à gagner de la centrale jusqu’en 2041. En fonction de l’évolution des prix de l’électricité, les spécialistes estiment que cette compensation pourrait atteindre environ 1 milliard d’euros sur vingt ans… Un argument qui va peser au sein du gouvernement.

Matthieu Pechberty