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Vivendi: quand le PDG rachetait massivement ses propres actions

Jean-Marie Messier avec son avocat Pascal Wilhelm et sa compagne en juin 2010 lors du procès en première instance

Jean-Marie Messier avec son avocat Pascal Wilhelm et sa compagne en juin 2010 lors du procès en première instance - -

Le procès en appel de Jean-Marie Messier a abordé, lundi 4 novembre, les rachats massifs d'actions Vivendi effectués par l'ancien PDG à l'automne 2001.

A l'automne 2001, Vivendi a dépensé pas moins de 6 milliards d'euros pour racheter ses propres actions. Les ordres étaient donnés directement par le PDG de l'époque, Jean-Marie Messier, à son trésorier, Hubert Dupont-Lhotelain.

"M. Messier nous appelait deux ou trois fois par jour. Il fixait un nombre d'actions à acheter et un cours limite", a expliqué Hubert Dupont-Lhotelain lundi 4 novembre devant la cour d'appel de Paris.

"J2M" continuera ces achats jusqu'à ce que son directeur financier, Guillaume Hannezo, lui ordonne d'arrêter. "J'étais plutôt contre le rachat d'actions. Mais Jean-Marie était optimiste sur l'évolution du cours, et avait la tentation de prendre un peu d'avance...", a euphémisé lundi Guillaume Hannezo.

"Je ne veux pas aller en prison"

L'audience du lundi était consacré aux rachats massifs (un milliard d'euros) effectués entre le 17 septembre et le 2 octobre 2001.

Lors de ces rachats, Vivendi n'avait pas respecté la plupart des règles de bonne conduite édictées par le gendarme de la bourse (les 'présomptions de légitimité', dans son jargon): ne pas acheter à l'ouverture, ni à la clôture, ni pendant les 15 jours précédent la publication des résultats, et enfin ne pas dépasser 25% des échanges totaux sur le marché. En effet, les achats en propre de Vivendi ont représenté jusqu'à 40% des volumes quotidiens.

En pratique, les achats étaient effectuées par la société de bourse Deutsche Equities, filiale de la Deutsche Bank. Devant le non respect des règles, le PDG Philippe Guez de Deutsche Equities s'inquiète auprès de ses supérieurs: "moi, je ne veux pas aller en prison... Ils font n'importe quoi... Ils font des choses qui sont totalement illégales...", leur écrit-il.

Et plus tard: "je ne suis pas facilement troublé si un client agit à la limite de la légalité, mais, dans ce cas, cela me semble définitivement illégal". Quand le gendarme de la bourse ouvre une enquête, il s'alarme: "les emmerdes commencent". Finalement, il finit par obtenir de Vivendi une lettre qui le couvre. "On ne va pas en prison. Ca vaut un déjeuner", se félicite-t-il.

"Je voulais créer la panique"

Douze ans plus tard, la présidente du tribunal a relu à Philippe Guez tous ses emails alarmistes. Petit, replet, avec une voix nasillarde, l'homme fait penser au comédien Maurice Bénichou. Il a gardé son langage direct, mais sur le fond, il se renie. "Dans ce que j'écris, tout est faux, assure-t-il aujourd'hui. Je hurlais au loup, je créais la panique pour avoir une réponse [de mes supérieurs], pour leur foutre la trouille".

Mais la question qui intéresse la justice est de savoir s'il a ainsi manipulé le cours. "Cela n'a pas eu d'impact sur le cours. Pour manipuler une boîte qui fait 60 milliards d'euros [de capitalisation], il faut se lever..., c'est pas évident", assure Philippe Guez.

De toutes façons, le débat est purement théorique. Dans cette affaire, l'AMF ne prendra aucune sanction, tenant compte du contexte particulier de l'époque: c'était juste après le 11 septembre. Au pénal, le tribunal correctionnel relaxera les prévenus de toute manipulation de cours. Le sujet n'est abordé en appel uniquement parce que les petits porteurs veulent que la manipulation de cours soit reconnue dans le calcul de leur préjudice au civil...

Jamal Henni