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Un jeu vidéo français crée un incident diplomatique avec la Bolivie

Ghost Recon Wildlands se passe dans une Bolivie au main d'un cartel de la drogue.

Ghost Recon Wildlands se passe dans une Bolivie au main d'un cartel de la drogue. - Ubisoft

Le dernier jeu d'Ubisoft se déroule dans une Bolivie devenue un narco-État aux mains d'un cartel. Le gouvernement bolivien s'en offusque et a convoqué l'ambassadeur de France pour lui rappeler notamment que la Bolivie achète de l'armement français.

L'ambassadeur de France en Bolivie a été convoqué par deux ministres boliviens le 1er mars. Motif: un jeu vidéo du français Ubisoft, dont la sortie est prévue mardi. Une "fiction" qui déplaît fortement au gouvernement. Dans le jeu en question, "Ghost Recon-Wildlands", les héros explorent en effet une vingtaine de provinces pittoresques de leur pays, des montagnes d'Itacua aux hauts plateaux enneigés de Montuyoc. Le joueur est immergé dans une Bolivie devenue un narco-État, régentée par un imaginaire cartel de la drogue, Santa Blanca, et des forces de l'ordre impuissantes ou corrompues.

Ubisoft a beau marteler que le scénario du jeu relève de la fiction, la pilule ne passe pas. Le diplomate français s'est ainsi vu confier une lettre à remettre à Ubisoft, rédigée par les ministres de l'Intérieur et des Affaires étrangères boliviens, Carlos Romero et Fernando Huanacuni. Dans la missive, ils préviennent qu'ils n'hésiteront pas à lancer des procédures judiciaires contre l'éditeur de jeu si aucune solution diplomatique n'est trouvée.

Un des officiels boliviens fait en outre référence aux contrats que son pays a signés avec la France. "Il serait paradoxal qu'une entreprise française remette précisément en cause notre action en matière de lutte contre le narcotrafic, en sachant que c'est justement avec la technologie française que nous combattons le trafic de drogue", a déclaré Carlos Romero. Et de mentionner les six hélicoptères Super Puma commandés en 2014 à Airbus Helicopters pour 25 millions de dollars, et un projet de radars Thalès d'un montant d'environ 200 millions.

Ubisoft tente de calmer le jeu. Le groupe a publié un communiqué ce vendredi, expliquant que "les personnages, les lieux et l’histoire sont fictifs et uniquement créés dans le but de divertir". Le studio dit espérer "que le monde que nous avons créé rendra hommage à l’incroyable beauté et à la topographie du pays, et que les joueurs apprécieront d’explorer cette diversité de paysages et les immenses régions de ce jeu en monde ouvert".

Pour autant, la "fiction" qu'évoque Ubisoft résonne étrangement avec la réalité. La Bolivie est, selon l'ONU, le troisième producteur mondial de coca, derrière le Pérou et la Colombie. Son Parlement a en outre adopté il y a tout juste deux jours une loi pour doubler la surface de terres arables allouées à la culture de cette plante, dont les feuilles permettent de produire la cocaïne.

Ce n'est pas la première fois, loin de là, qu'un jeu vidéo suscite une controverse politique. Parmi les nombreux exemples, "Medal of Honor", sorti en 2010 par EA, qui permettait au joueur d'incarner un taliban autant qu'un soldat, avait fait l'objet d'un boycott en Grande-Bretagne et été supprimé des rayons d'une grande chaîne de magasins aux États-Unis. Ou "Call of Duty: Black Ops II", censuré au Pakistan, pays présenté comme un soutien d'Al Qaida dans le jeu.

Nina Godart