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TF1 menace sérieusement de se retirer des box internet

La Une exige que les opérateurs télécoms payent désormais pour distribuer la chaîne à leurs abonnés. En cas de refus, elle menace de couper le signal.

En juillet 2016, TF1 a ouvert la boîte de Pandore. La Une a déclaré vouloir désormais être payée pour être diffusée sur les réseaux ADSL, câble et satellite. Elle veut même que cette diffusion rapporte 100 millions d'euros par an, soit dix fois plus qu'actuellement.

La Une a donc demandé aux opérateurs (Orange, SFR Numericable, Free, CanalSat) de mettre la main à la poche. Sans surprise, ceux-ci ont refusé, poussant des cris d'orfraie.

Les abonnés prêts à changer d'opérateur

Six mois plus tard, les négociations sont toujours dans l'impasse. Jeudi 16 février, TF1 a donc décidé de remettre la pression en menaçant de retirer son signal aux opérateurs qui refuseraient de sortir leur carnet de chèques. Régis Ravanas, le directeur général adjoint chargé de la publicité et de la diversification prévient les opérateurs: "Nous voulons aller jusqu'au bout et si cela devenait nécessaire aller jusqu'à se passer de diffusion du signal TF1 sur certaines plateformes", tout en "espérant ne pas arriver à cette extrémité. Mais notre détermination est totalement entière, car nous n'avons pas le choix". 

La Une a même commandé un sondage sur le sujet au cabinet Sorgem. Selon lui, "64% des sondés changeraient d'opérateur si TF1 n'était plus dans l'offre", a expliqué Régis Ravanas, qui s'exprimait à l'occasion des résultats annuels. Les sondés valorisent à 13 euros la présence des chaînes gratuites dans leur offre triple play, facturée en moyenne 41 euros.

Contrats prolongés jusqu'en avril

En pratique, les contrats entre TF1 et les opérateurs arrivaient à échéance fin décembre 2016. "Nos contrats ont été dénoncés. Nous sommes désormais sans contrat", a déclaré Régis Ravanas. En réalité, les contrats ont été discrètement prolongés jusqu'en avril, pour laisser plus de temps à la négociation. 

Régis Ravanas a expliqué que les chaînes gratuites étaient rémunérées par les opérateurs dans moult pays, dont les États-Unis. "Dans certains pays européens, cela représente la totalité du bénéfice opérationnel des chaînes", a-t-il expliqué.

Pertes record pour LCI

Si la Une ne lâche pas l'affaire, c'est qu'elle a bien besoin de cet argent. En 2016, son bénéfice est tombé à son plus bas niveau depuis 1990 (cf. ci-dessous). Le groupe a même été en pertes sur les neuf premiers mois de l'année... Résultat: la Une a dû réduire son dividende à un niveau jamais vu depuis 20 ans.

En cause, le lent déclin de la chaîne TF1, bien entendu. Mais aussi des éléments non récurrents, comme l'amortissement du rachat du producteur Newen (25 millions d'euros), ou des provisions pour restructuration (25 millions aussi). Et, enfin, sa chaîne d'informations LCI, qui a enregistré en 2016 une perte record de 38,6 millions d'euros, quatre fois plus que l'année précédente. Le passage du payant au gratuit en avril 2016 lui a fait perdre une précieuse manne. Vivant désormais uniquement de la publicité, elle ne reçoit plus aucune redevance des opérateurs, qui versaient auparavant 20 millions d'euros par an. Résultat: LCI a perdu logiquement la moitié de son chiffre d'affaires, tombé en 2016 à 13,6 millions d'euros.

Pour rassurer la Bourse, TF1 a promis ce jeudi de redevenir plus rentable. Précisément, la marge opérationnelle courante, tombée à 6,3% l'an dernier, remontera au-dessus de 10% en 2019. Cela grâce à l'argent des opérateurs. Mais aussi à un nouveau plan d'économies, baptisé Recover, qui doit réduire les coûts de 25 à 30 millions d'euros chaque année. Parallèlement, l'effectif continue d'être réduit -sans plan social toutefois. Le nombre de salariés en CDI a encore baissé d'une centaine en 2016, contre 126 en 2015.

Les résultats de TF1

Résultat net part du groupe (en millions d'euros)
1989: 33,1 1990: 45,7 1991: 52 1992: 68,7 1993: 69,8 1994: 82,5 1995: 91,7 1996: 87,6 1997: 73,5 1998: 109 1999: 160,4 2000: 250,3 2001: 210,3 2002: 155,2 2003: 191,5 2004: 220,1 2005: 236,3 2006: 452,5 2007: 227,8 2008: 163,8 2009: 114,5 2010: 229,3 2011: 182,7 2012: 136 2013: 137 2014: 412,7 2015: 103,3 2016: 44

Dividende verse au titre de (hors avoir fiscal, en euros)
1995: 0,24 1996: 0,24 1997: 0,24 1998: 0,34 1999: 0,46 2000: 0,65 2001: 0,65 2002: 0,65 2003: 0,65 2004: 0,65 2005: 0,65 2006: 0,85 2007: 0,85 2008: 0,47 2009: 0,43 2010: 0,55 2011: 0,55 2012: 0,55 2013: 0,55 2014: 1,5 2015: 0,8 2016: 0,28

Source: TF1