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Spotify accusé de produire de "faux artistes" pour gonfler ses revenus

Daniel Ek, le patron fondateur de Spotify.

Daniel Ek, le patron fondateur de Spotify. - Spencer Platt - GETTY - AFP

La plateforme de streaming est accusée par un média américain de produire de "faux artistes" et d'ajouter discrètement leurs titres aux playlists les plus écoutées sur le site, pour toucher directement des royalties. Explications.

La plateforme d'écoute en ligne Spotify a beau démentir les accusations d'un site américain selon lesquelles elle produirait de "faux artistes" pour toucher des royalties, son accusateur persiste. Music Business Worldwide, le site qui formule ces reproches, maintient ses griefs officialisés l'été dernier, et les étaye ce mercredi en publiant une liste de 50 pseudos de chanteurs présents sur la plateforme, mais qui n'existent nulle part ailleurs.

Pour comprendre l'histoire, il faut remonter au mois d'août 2016. À cette époque, le site spécialiste de l'actualité musicale lâche une bombe: dans un article, il accuse Spotify de produire de "faux artistes". Des individus qui n'ont d'existence que sur la plateforme suédoise. Ils n'ont ni compte Twitter, ni page Facebook, ni espace Soundcloud, ni même de site internet, de blog ou de Tumblr. Ils n'ont jamais fait de concert, ni d'album, ni même d'EP, et n'ont pas d'agent. Étonnant pour des chanteurs dont la carrière dépend justement de la capacité à se faire connaître.

Ce qu'y gagnerait Spotify? Des royalties, en masse. Parce que selon Music Business Worldwide, le stratagème est bien rodé: Spotify ajouterait ensuite ces "fausses chansons" à ses playlists les plus populaires, comme "ambient chill", "piano pacific", "sleep" ou encore "music for concentration", générant ainsi une forte audience pour ces titres inconnus. Et donc plein de royalties qui tomberaient directement et intégralement dans les poches du suédois, qui détiendrait tous les droits sur ces chansons.

Pendant un an, Spotify est resté silencieux. Et puis le 11 juillet 2017, la plateforme a enfin répondu, pour nier en bloc ces accusations. Mal lui en a pris: MBW publie ce jeudi une liste de 50 noms de ces supposés faux artistes, accompagnée du total d'écoutes de chacun sur la plateforme. Des niveaux hallucinants au regard de leur absence totale de notoriété.

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L'affaire tombe mal pour Spotify qui est en pleine négociation de ses licences avec les grandes majors, comme Sony et Warner. Or ces maisons de disques pourraient considérer que la mise en avant des "faux contenus" estampillés Spotify (si leur existence était confirmée), réduit mécaniquement le potentiel d'écoute des titres qu'elles produisent, et les royalties qu'elles devraient toucher d'autant. Un nouveau sujet de discorde éventuel entre la plateforme d'un côté, les majors et les artistes de l'autre, alors qu'ils ne manquaient déjà pas.

Cette affaire, si elle se révélait vraie, pourrait en outre avoir des implications judiciaires pour le site né en 2006 et qui peine toujours à atteindre la rentabilité (ses pertes ont atteint près de 600 millions en 2016). On peut par exemple imaginer que Spotify soit accusé de nuire à la libre concurrence en favorisant des contenus qu'elle a produits sur sa propre plateforme. Un peu comme Google, qui vient d'être condamné à une lourde amende par la justice européenne pour avoir favorisé ses propres sites, notamment Google Shopping, sur son monopolistique moteur de recherche, au détriment des sites de e-commerce concurrents.

Nina Godart