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À qui appartiennent les festivals de musique?

Two Doors Cinema Club à Rock en Seine en août 2016

Two Doors Cinema Club à Rock en Seine en août 2016 - AFP Bertrand Guay

Si les Vieilles charrues, le Hellfest et Solidays sont organisés par des associations, les autres grands festivals sont organisés par des sociétés commerciales qui attirent l'appétit de grands groupes.

Plus de 6 millions d'entrées payantes par an, représentant 150 millions d'euros de recettes (hors taxes): les festivals de musique sont en plein essor, à en croire le CNV (Centre national des variétés). Cette bonne santé attirent donc les grands groupes, qui rachètent les festivals les uns après les autres, ou en créent de nouveaux. Dernière opération en date: le rachat de Rock en seine par le banquier d'affaires Matthieu Pigasse, annoncé jeudi 30 mars. Mais à qui appartiennent aujourd'hui ces festivals? Revue de détail.

Rock en Seine

Créé en 2003, le festival se tient fin août dans le domaine de Saint-Cloud (92). Il se revend après une mauvaise édition 2016, qui a attiré seulement 105.000 participants (contre 120.000 en 2015), et généré un chiffre d'affaires de 5,3 millions d'euros (-10%), le plus mauvais depuis 2012. Résultat: la société Garaca SAS, qui produit le festival, est tombée dans le rouge l'an dernier, avec une perte de 66.600 euros.

Garaca SAS était détenue par François Missonnier (31%), Salomon Bazot (29%), Cadenza (société détenue majoritairement par François Missonnier, 20%) et Radical Production (société présidée par Christophe Davy, 20%). La programmation du festival est assurée par Radical Production et Nous Productions (société de Salomon Hazot rachetée l'an dernier par l'américain Live Nation). A ce titre, Garaca SAS leur a versé respectivement 299.000 et 735.550 euros l'an dernier.

Par ailleurs, le festival bénéficie d'une subvention de 600.000 euros de la région Ile-de-France.

Formellement, le festival indique sur son site web être organisé par Plus de sons, une association à but non lucratif présidée aussi par François Missonnier. L'association réalise environ 3 millions d'euros de chiffre d'affaires, provenant essentiellement d'un minimum garanti versé par Garaca SAS (1,69 million d'euros en 2016). Interrogé à plusieurs reprises sur les liens entre Garaca et l'association, le festival n'a jamais répondu.

Les Vieilles charrues

Le plus grand festival français (278.000 personnes) se tient mi-juillet en Bretagne depuis 1992. Il est organisé par une association, qui reverse une partie des bénéfices à des actions culturelles locales.

Solidays

Ce festival se tient fin juin depuis 1999 sur l'hippodrome de Longchamp. Il est organisé par l'association Solidarité Sida. En 2015 (derniers chiffres connus), avec 181.123 participants, il a rapporté 2,6 millions d'euros de recettes, soit près de la moitié des revenus de l'association (4,6 millions d'euros). 

Hellfest

Ce festival heavy metal, qui se tient en juin à Clisson, attire 180.000 personnes. Il appartient à une association, Hellfest Productions, crée en 2006 et présidée par Benjamin Barbaud. Son budget (16 millions d'euros en 2015) provient en quasi-totalité des participants. Le festival reçoit quelques subsides des collectivités locales, mais ces subventions "représentent moins de 1% des recettes. Nous sommes probablement le festival le moins subventionné de France", explique le festival. A noter qu'il y a deux ans, l'association a vendu le droit d'utiliser la marque Hellfest à l'étranger au producteur Gérard Drouot.

Le printemps de Bourges, les Francofolies de la Rochelle

Ces deux festivals sont produits par le groupe Morgane qui est une filiale du quotidien le Télégramme de Brest.
Le Printemps de Bourges (64.580 spectateurs payants en 2016) a lieu en avril dans la ville du même nom. Il est organisé par Le printemps de Bourges SAS, qui a réalisé en 2015 un bénéfice de 42.000 euros sur un chiffre d'affaires de 3,3 millions d'euros. Les Francofolies de la Rochelle, qui se tient en juillet à la Rochelle, ont attiré 145.000 spectateurs l'an dernier. En 2015, la SAS Francofolies a réalisé un bénéfice de 230.800 euros sur un chiffre d'affaires de 5,6 millions d'euros.

Main square, I love techno, Download, Lollapalooza, North Summer

Tous ces festivals sont organisés par le géant américain Live Nation. Il s'est lancé en France en créant en 2004 le Main Square à Arras, qui a réuni 110.000 festivaliers en 2015 (dernier chiffre connu). Puis, en 2015, il a lancé à Montpellier I love techno, déclinaison d'un festival belge créé en 1995. La première édition a réuni 18.000 participants. A eux deux, ces deux festivals ont généré en 2015 un bénéfice de 372.860 euros sur un chiffre d'affaires de 9 millions d'euros, selon les comptes de Live Nation France Festivals SASU.

En 2016, rebelote: Live Nation lance le Download, déclinaison d'un festival rock et heavy metal britannique créé en 2003. La première édition a eu un bilan mitigé (100.000 spectateurs), ce qui explique sans doute que la seconde édition ait été délocalisée sur une base aérienne à Bretigny-sur-Orge, au lieu de l'hippodrome de Longchamp.

Enfin, cette année, Live Nation créée deux nouveaux festivals. Le North Summer Festival se tiendra fin juin à Lille avec à l'affiche Sting, Justin Bieber et Ibrahim Maalouf. Et surtout Lollapalooza se tiendra fin juillet à l'hippodrome de Longchamp, avec notamment les Red Hot Chili Peppers, Liam Gallagher, Martin Solveig... C'est la déclinaison française d'un festival américain créé en 1991 et qui se tient tous les étés à Chicago.