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Quand Vincent Bolloré se fait voler ses bijoux

Vincent Bolloré et son fils Yannick

Vincent Bolloré et son fils Yannick - AFP Eric Piermont

SÉRIE D'ÉTÉ: LES STARS DANS LE PRÉTOIRE. Nouvel épisode de notre série. En 2006, des voleurs ont cambriolé l'hôtel particulier de l'industriel breton, emportant un coffre fort contenant 226.335 euros de bijoux. Une longue procédure s'en suivra pour déterminer les responsabilités.

Nous sommes dans un hôtel particulier des beaux quartiers de Paris, entre le 3 et le 4 février 2006. Le propriétaire s'appelle Vincent Bolloré. Il vient d'effectuer deux ans de travaux pour rénover sa bâtisse. Les travaux sont enfin terminés, mais l'industriel breton n'y réside pas encore. Il a bien installé un système d'alarme, mais ne l'a pas encore activé.

Des voleurs vont en profiter. Ils forcent le volet roulant de la cuisine, cassent un carreau, et s'introduisent dans l'hôtel particulier. Dans la chambre principale, ils ouvrent un placard, et tombent sur un petit coffre fort Bricard à code électronique, comme on en trouve dans les chambres d'hôtel. Ce coffre est fixé dans un mur en plâtre avec des vis et des chevilles. Les voleurs arrachent le coffre et l'emportent. Ils y découvriront des bijoux: bagues, montres, pendentifs...

Interminable bataille juridique

Vincent Bolloré ne médiatise pas ce vol. Mais il se tourne vers son courtier en assurances, Cauvin Paille, devenu depuis la SIACI Saint Honoré. Bien que l'hôtel particulier ne soit pas encore assuré, le courtier accepte d'indemniser l'industriel breton à hauteur de à 226.335 euros, évaluation du contenu du coffre.

Mais le courtier tente ensuite de réduire la douloureuse en recherchant d'autres responsables: l'architecte qui a supervisé l'installation du coffre fort, et l'entreprise de menuiserie qui a fourni et posé le coffre fort l'année précédente, pour la modique somme de 645 euros....

Sans surprise, l'un comme l'autre refuse de payer. Le courtier les attaque alors en justice, leur réclamant 226.335 euros. S'en suit une interminable bataille juridique, qui remonte jusqu'à la cour de cassation, et dure au total jusqu'en 2014.

D'abord, la justice examine les justificatifs fournis par Vincent Bolloré. Celui-ci ne parvient pas à prouver qu'il a bien acheté tous les bijoux. L'addition est donc réduite aux bijoux pour lesquels des preuves sont fournies, soit 193.785 euros. 

Surtout, un long débat a lieu sur les responsabilités respectives de Vincent Bolloré, de l'architecte et de l'entreprise de menuiserie. Les juges se demandent notamment pourquoi le coffre n'a pas été encastré ni scellé, mais seulement fixé dans le mur, ce qui a permis de l'arracher facilement.

"Graves négligences"

En première instance, le tribunal estime que "les négligences du propriétaire des locaux ont contribué pour moitié à la réalisation du dommage. En effet, le propriétaire a choisi le modèle de coffre fort type 'hôtel à poser' qui n'offrait qu'une sécurité limitée. Il y a, en dépit de cela, entreposé des bijoux d'une valeur prétendue de 226.335 euros alors que, de surcroît, les installations de sécurité (détection intrusion et télé-surveillance) n'étaient pas encore en service".

Trois ans plus tard, la cour d'appel juge l'architecte responsable à hauteur de 30%, et l'industriel breton à hauteur de 70%. Pour la cour, "M. Bolloré est en partie responsable du dommage subi, du fait de graves négligences". Notamment, "la maison n'était pas assurée. L'assurance a pris effet le 7 février 2006, M. Bolloré devant s'engager à mettre en place une détection intrusion et une télé-surveillance pour assurer son habitation, et un coffre encastré et scellé pour bénéficier d'une garantie des objets de joaillerie et montres". 

Finalement, après cassation, l'architecte est totalement mis hors de cause. De son côté, l'entreprise de menuiserie est mise hors de cause à partir du premier appel. 

Contactés, Elodie Le Rol (porte-parole de Vincent Bolloré), et Me Pierre Cornut-Gentille (avocat du courtier) n'ont pas répondu. 

Retrouvez les autres épisodes de la série ici. 

Jamal Henni