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Pourquoi Hermès, Vuitton et les autres rachètent des tanneries

Les meilleures peaux, celles que convoitent les marques de luxe, ne représentent que 10% d'une production totale en baisse constante depuis 10 ans.

Les meilleures peaux, celles que convoitent les marques de luxe, ne représentent que 10% d'une production totale en baisse constante depuis 10 ans. - Gaizka Iroz - AFP

Matière première des sacs de luxe, le cuir de veau se raréfie en France. Pour s'assurer un approvisionnement en peaux de qualité, les grands noms du secteur se livrent une farouche bataille.

Aussi souple qu'est le cuir de veau est rêche la bataille que se livrent les grandes maisons de luxe pour s'en procurer. Dans ce contexte, les Tanneries du Puy, un des fournisseurs d'Hermès, ont été rachetées par le sellier de luxe, selon un communiqué paru jeudi. La deuxième acquisition de ce genre pour Hermès, qui avait mis la main sur celles d'Annonay en 2013. Chaque fois, le sellier expliquait ces opérations par la volonté de "sécuriser ses approvisionnements". La même raison que celle évoquée par LVMH, Kering ou encore Chanel, qui ont tous acquis des tanneries depuis 2011.

Pour les Tanneries du Puy, aucun montant d'achat n'a été divulgué. Mais l'entreprise auvergnate n'a pas dû être en mesure d'exiger le prix fort: comme sa vingtaine de consoeurs françaises, elle se trouve en difficulté, étranglée par la hausse des prix de leur matière première. La faute à un grand paradoxe: la France, grand pays d'élevage et de consommation de viande bovine, peine à satisfaire les besoins en cuir de veau de son industrie du luxe en plein essor. Du coup, les griffes sont obligées d'en importer.

"De la violence en coulisses"

"Trouver du beau cuir de veau français est devenu très compliqué. La demande est de plus en plus forte, le veau manque, les prix du cuir flambent. Il y a de la violence dans les coulisses", déclarait dans un colloque en 2013 le patron du chausseur J.M. Weston, Olivier Antignac.

Le problème commence dans les assiettes et les étables. Car les peaux idéales pour concevoir de luxueux sacs à main unis car plus faciles à teinter, grandes, d'une épaisseur constante et sans taches ni griffures, sont justement celles des veaux de races à viande. Des Salers, Charolaises et autres Limousines, explique Marianne Orlianges de l'association interprofessionnelle du bétail. Or la consommation de viande de veau, particulièrement chère, ne cesse de diminuer.

Du coup, les éleveurs ont revu leur production à la baisse. Le volume de bêtes abattues fond de 3 à 4% par an depuis dix ans. Quant au cuir de qualité supérieure, celui que convoitent les maisons de luxe, le volume se réduit d'autant plus qu'il ne représente que 10% du total de la production.

La maroquinerie, vache à lait des grandes maisons

Devenues plus rares, les plus belles peaux sont vendues plus chères aux tanneurs. "Le prix d'achat représente pour eux plus de 60% du prix des peaux finies", expliquait Denis Lemercier, président des Tanneries du Puy, il y a deux ans, bien avant de devenir propriété d'Hermès. Aujourd'hui plus encore, l'industrie de la tannerie "peine à absorber l'inflation sur les peaux brutes", souligne un analyste du Crédit Mutuel CIC. Et donc à fournir ses clients.

Pour les griffes, l'enjeu est pourtant majeur. La maroquinerie génère l'essentiel des rentrées d'argent de Louis Vuitton, Chanel, Gucci, et des grandes griffes dont Hermès bien sûr. Chez la maison de la rue du Faubourg Saint-Honoré, les ventes de Birkin, Kelly et accessoires en cuir ont représenté 47% du chiffre d'affaires au 3ème trimestre. Une part qui n'a cessé de progresser depuis le début de l'année, avec la demande en plein boom de sa riche clientèle pour des cabas, portefeuilles et pochettes minutieusement confectionnés.

Nina Godart avec agences