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Pour la justice, Luc Besson n'a pas plagié le scénario de "Colombiana"

Luc Besson a été accusé de plagiat sur "Léon", "Taxi", "le Cinquième élément" et "Colombiana", mais n'a été condamné que sur "Lock out".

Luc Besson a été accusé de plagiat sur "Léon", "Taxi", "le Cinquième élément" et "Colombiana", mais n'a été condamné que sur "Lock out". - EuropaCorp

Un couple de Girondins a accusé Luc Besson de s'être inspiré de leur propre scénario écrit plusieurs années auparavant. Mais la justice les a déboutés.

"Il y a plein de films que j’adore, mais je ne suis pas du tout pour la nourriture cinématographique. Je pense que quand on fait un film, il faut puiser partout sauf dans d’autres films. Le cinéma qui se nourrit du cinéma, c’est consanguin. Ça donne des monstres et ça n’a aucun intérêt. C’est du narcissisme. Ce qu’on demande à un artiste, c’est de nous surprendre". Luc Besson n'aime pas le plagiat.

Pourtant, il en a souvent été accusé. "Tous les metteurs en scène dits importants, comme Spielberg, récoltent un procès à chaque film. J’ai été accusé sur Taxi, sur Le Cinquième Élément, sur Léon… bref, sur tous. J’ai toujours gagné et, en plus, mes accusateurs ont eu des amendes. Ça, on en parle peu dans les journaux", assurait-il dans Paris Match en 2009.

Dans "Complément d'enquête" en 2014, le réalisateur ajoutait: "J'ai eu dix procès pour plagiat, je les ai tous gagnés". Dans ce reportage, il répondait à la dernière accusation de plagiat en date. Elle portait sur Colombiana, un film réalisé par Olivier Megaton sorti en 2011, et diffusé sur TMC ce jeudi 2 février.

Luc Besson contre-attaque

Au générique, le scénario est attribué à Luc Besson et à son co-scénariste habituel Robert Mark Kamen. Mais un couple de Girondins y reconnaît un scénario de son oeuvre. Alexandre Lagrange (artiste de cabaret spécialisé dans les spectacles d'arts martiaux) et Christelle Léonard (danseuse) avaient écrit en 2005 un synopsis baptisé Le Fantôme de l'orchidée présentant plusieurs ressemblances avec celui de Colombiana. Dans les deux cas, une petite fille voit ses parents assassinés sous ses yeux, puis se venge devenue adulte...

À l'époque, le couple avait envoyé ce synopsis à plusieurs producteurs, dont Luc Besson, ainsi qu'un court-métrage de 10 minutes préfigurant leur projet de film. Convaincu d'avoir été plagié, il porte plainte pour "contrefaçon", réclamant 650.000 euros à Luc Besson, Robert Mark Kamen, Olivier Megaton et au producteur EuropaCorp. Il met en ligne une vidéo comparant les deux oeuvres, et il s'épanche dans la presse, notamment Sud Ouest, M6 et Entrevue, où Alexandre Lagrange estime que Luc Besson a une "attitude minable".

Cela n'amuse pas Luc Besson, qui contre-attaque en réclamant 3 millions d'euros pour "recours abusif" et "tentative d'extorsion de fonds". Mieux: le réalisateur à succès accuse le duo d'avoir en réalité plagié un de ses films, Léon (1994). 

"Vagues similitudes"

En 2013, le tribunal de grande instance de Paris a débouté les deux Girondins, les condamnant à rembourser 3.000 euros de frais de procédure à Luc Besson. Pour les juges, "les quelques vagues similitudes ne portent pas sur des éléments originaux".

Notamment, les similarités dans le prologue des deux oeuvres "font partie du fond commun du cinéma, en particularité des films d'action, et ne témoignent pas -même ensemble- d'une originalité". De même, "le fait que dans les deux films le père de l'héroïne soit le comptable d'un clan mafieux n'est qu'une idée, non susceptible de protection, pas plus le fait de se défendre devant des hommes cherchant à l'assassiner". En outre, "les histoires d'amour sont différentes dans les deux films". 

"Thème non original"

Certes, dans les deux films, l'héroïne signe ses meurtres en laissant une fleur sur ses victimes. Mais Luc Besson rétorque que cette idée figure déjà dans un petit thriller italien de 1972, Le tueur à l'orchidée d'Umberto Lenzi, ainsi que dans un épisode de la série américaine Equalizer en 1986. "De plus, la mise en oeuvre de cette idée est différente" dans les deux films, ajoutent les juges. En effet, dans Le fantôme de l'orchidée, l'héroïne laisse une orchidée sur ses victimes. Tandis que dans Colombiana, il s'agit d'un dessin sur le corps des victimes.

Quant à la vengeance de la petite fille, "les plaignants reconnaissent que ce thème n'est pas original, puisqu'ils citent des films reprenant ce thème": un James Bond datant de 1983, Rien que pour vos yeux, et un polar avec Sylvester Stallone, L'expert (1994). Et Luc Besson ajoute que c'est aussi le thème de Léon, puis de Kill Bill (2003) de Quentin Tarentino.

Le couple girondin, débouté en première instance, a voulu faire appel, mais son appel n'a pas été enregistré pour des raisons de procédure.

Contactés, ni Alexandre Lagrange ni son avocat Me Benoît Henry n'ont répondu. De son côté, EuropaCorp répond: "Cette décision de justice n'a pas été une surprise pour nous, car nous savions que ce qui nous était reproché était faux. Espérons qu'elle fasse école, et conduise tous ceux qui espèrent gagner de l'argent ou se faire de la publicité en attaquant EuropaCorp à faire preuve de sagesse et d'honnêteté intellectuelle".

Jamal Henni et Simon Tenenbaum