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Non, l’essor du digital n’a pas étouffé l’activité des libraires… en France

La littérature jeunesse représente près d'un quart du marché du livre

La littérature jeunesse représente près d'un quart du marché du livre - Jacques Demarthon-AFP

L’activité des libraires résiste sur le territoire français… Des résultats en légère hausse pour l’année 2018 : le secteur amorce une belle reprise après le ralentissement des ventes observé un an plus tôt…

Le numérique peine à envoyer les librairies vers la porte de sortie… C’est en tout cas le constat observé du côté français. En plus d’être le premier circuit de ventes de livres (plus de 40% du marché en volume), le chiffre d’affaires du secteur de l’édition est en hausse de 0,7% sur l’année 2018. Malgré une fin d’année marquée par la crise des gilets jaunes, 2018 marque la quatrième année de croissance consécutive, ce qui n’avait plus été observé depuis la crise de 2008 (selon une étude de l’Obsoco publiée le mois dernier).

D’après un échantillon significatif*, l’achat de livres concernerait 75% des français : parmi eux plus de la moitié aurait recours au format papier (53%) ; 32% disent acheter des « ebooks » ,et ils ne sont que 15% à utiliser l’audio-livre… Si les livres numériques et audio ont gagné d’importantes parts de marché en Allemagne, Italie ou au Royaume-Uni, et faisaient craindre il y a quelques années la disparition du papier, ils ne représentent que 5% du marché de l’édition en France. Les résultats du 1er semestre 2019 du groupe Lagardere en témoignent : le poids du livre numérique qui représentait 8,4% du chiffre d’affaires total en 2018, n’en représente aujourd’hui plus que 8,2%. Le poids du livre audio est quant à lui en légère augmentation et passe de 2,5% en 2018 à 3,4% au premier semestre 2019.

Spécificité française

L’impact du numérique sur les achats de livres « traditionnels », est donc relativement limité… A contrario l’étude montre qu’aux Etats-Unis, les « ebooks » et « livres audio » font un véritable carton depuis l’année dernière. Les ventes de livres audio y ont bondi de 30% en 3 ans et ont généré plus d’ 1,7 milliard de dollars… Une montée en flèche de l’audio-livre qui s’explique en partie par son succès auprès des enfants âgés de plus de 12 ans : 50% d’entre eux en a déjà utilisé, selon le rapport de l’association des Editeurs.

Parmi les moins de 35 ans, la plupart y trouve un gain de temps non négligeable. "Aux Etats-Unis, les gens passent beaucoup de temps en voiture. Pour les utilisateurs, c'est une manière de rendre qualitatif ce temps passé dans les embouteillages", souligne Mary Beth Roche, présidente et éditrice de Macmillan Audio. Un élément qu’Amazon n’a pas négligé en rachetant le numéro un du secteur de l’audible : ses ventes d’audio-livres sont d’ailleurs en hausse de 45% par rapport à l’année dernière…

Entre tradition ancestrale et enjeux commerciaux, le livre audio amorce à peine sa conquête des Français… D’après l’échantillon initial, « l’absence de librairie à proximité des lieux fréquentés » serait la première raison des français de ne pas se rendre en librairie… Autrement dit : si le temps disponible est suffisant, les français n’ont pas de mal à s’y rendre… Parmi les critères qu’ils jugent déterminants, « la qualité du conseil » et la « variété des livres » arrivent en première position. Un phénomène culturel assez spécifique à la France, où le livre y tient une place toute particulière : c’est un objet symbolique, pierre angulaire de la culture et du savoir… 

*Etude réalisée par l’Obsoco auprès d’un échantillon de 4395 personnes représentatives de la population française de 18 à 70 ans constitué à partir de la méthode des quotas ( sexe, âge, région, CSP, taille d’agglomération) 

Gaëlle OHAN