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Les (très) bonnes affaires de Thierry Ardisson

Le contrat avec Canal Plus s'élevait à 9,4 millions d'euros pour la saison 2016-17

Le contrat avec Canal Plus s'élevait à 9,4 millions d'euros pour la saison 2016-17 - Canal Plus Maxime Bruno

L'animateur touche 800.000 euros bruts de dividendes par an en moyenne. Il a aussi engrangé de coquettes sommes en vendant des parts de ses sociétés à des tiers, notamment à un mystérieux prête-nom immatriculé à Jersey...

"On est dans un monde où quand on a du talent et qu’on gagne de l’argent, il faut s’excuser. Merde! Moi, je travaille jour et nuit, j’ai du talent, je gagne du pognon et je ne m’excuse pas du tout", clamait Thierry Ardisson il y a deux ans. "Je suis vénal, j'aime l'argent", abondait-il il y a deux mois dans le Journal du dimanche.

Pour autant, notre homme en noir n'est pas prêt à jouer la transparence sur les questions d'argent. Quant on lui demande combien il vend ses émissions, combien il gagne avec ses sociétés, ou même qui sont ses mystérieux co-actionnaires, il refuse de répondre: "c'est confidentiel!", fait-il répondre via son attachée de presse.

Il faut dire que l'animateur de Salut les terriens est assis sur une véritable machine à cash: "une PME de quatre personnes", qui réalise une dizaine de millions d'euros de chiffre d'affaires, et lui a permis d'engranger personnellement 7 millions d'euros de dividendes en neuf ans (avant impôt), soit près de 800.000 euros bruts par an. Cela sans compter les éventuels salaires que lui versent ses sociétés. Mais ces dividendes représentent déjà trois fois les revenus qu'il déclare publiquement: "15.000 à 20.000 euros par mois".

Juteux contrat

L'essentiel de ces dividendes provient de son juteux contrat avec la chaîne C8 pour la diffusion de Salut les terriens. Pour la saison 2016-2017, ce contrat s'élevait à 9,4 millions d'euros. Et cette somme coquette a encore augmenté la saison suivante lorsque Thierry Ardisson a convaincu la filiale de Canal Plus de diffuser une seconde émission hebdomadaire, les Terriens du dimanche.

Mais ce n'est pas tout. Une autre partie de ces dividendes provient des 49,94% qu'il détient dans Tele Paris SARL, la société de Stéphane Simon, qui assure la production des émissions de Thierry Ardisson, ainsi que de quelques autres: la Zygel académie sur France 2, ou le Cercle sur Canal Plus. Et qui produit aussi des films pour des entreprises, comme Orange, Leclerc, le Printemps, Schweppes, Chanel, Sephora, ou l'office du tourisme tunisien...

Actionnaires mystérieux

A tout cela s'ajoutent les sommes empochées par Thierry Ardisson lors de la vente de parts du capital de ses sociétés, comme le font beaucoup d'animateurs-producteurs. D'abord, il avait vendu en 1995 34% de sa société Ardisson et Lumières SA à Lagardère Active.

Rebelote en 2003: il vend 33,4% de sa holding TPCA SARL pour 833.200 euros à deux étranges actionnaires. D'une part, une société française d'informatique, Technologies SAS, dont le principal actionnaire est Michel Tiberini. D'autre part, une filiale basée à Jersey du cabinet fiscaliste Smith & Williamson, qui a très vraisemblablement agi comme prête-nom pour un investisseur voulant rester anonyme. Interrogé, Thierry Ardisson refuse de dire qui est cet investisseur, expliquant que ce n'est "pas à lui de révéler ce type d'information". Pour leur part, ni Smith & Williamson ni Michel Tiberini n'ont souhaité nous répondre...

Finalement, Technologies SAS a revendu ses parts en 2005 (engrangeant une plus-value de 88.400 euros), puis Smith & Williamson Trustees Jersey Ltd en 2008 (avec 339.120 euros de plus value).

A noter que Michel Tiberini (aujourd'hui âgé de 71 ans) a rencontré par l'intermédiaire de Thierry Ardisson le producteur de spectacles Philippe Delmas, qui avait travaillé avec l'homme en noir sur l'émission Graine de star, et était son associé dans la société Ardistic SA. Philippe Delmas et Michel Tiberini ont ensuite continué à travailler ensemble: aujourd'hui, ils détiennent et dirigent la société Artistic Records SARL, qui produit des comiques comme Tom Villa et qui a repris l'Apollo Theatre à Paris.

Par ailleurs, Thierry Ardisson aime bien travailler en famille. Il s'est ainsi associé avec sa fille Manon pour produire des films en Grande-Bretagne. Toutefois, il s'était marié sous le régime de la séparation des biens avec la mère de Manon, Béatrice, tout comme avec sa dernière épouse, la journaliste Audrey Crespo-Mara.

Loyaliste

Rappelons que jusque mi-2006, Thierry Ardisson animait Tout le monde en parle, qui était produit par la société de Catherine Barma, Tout sur l'écran SAS. L'émission s'arrêtant suite à un désaccord avec France 2, notre homme trouve alors refuge sur Canal Plus, où il lance Salut les terriens. Cette émission en clair est une des rares à avoir survécu au changement de dirigeants de la chaîne cryptée. Mieux: elle a été transférée de Canal Plus vers C8, et a été dédoublée le dimanche.

Une explication est que Thierry Ardisson a tout de suite prêté allégeance aux nouveaux dirigeants, à commencer par Vincent Bolloré, qu'il connaît depuis le début des années 80. Les deux hommes s'étaient alors croisés dans les cercles militant pour la réélection de Valéry Giscard d'Estaing. En juin 2016, l'animateur déclarait:

"Canal Plus était une chaîne où il n'était pas franchement question d'argent. Je comprends que Vincent Bolloré ait envie de faire des économies. Il est là pour que les actionnaires gagnent plus d'argent, ce qui est le principe du système capitaliste. Après, si on n'accepte pas ça, il faut aller faire de la télévision en Corée du Nord"

En septembre 2017, l'animateur ajoutait:

"Ce "Bolloré bashing" est exagéré. Sur Canal Plus ou sur C8, il n'y a pas de censure. Nous sommes libres. Bolloré, ce n'est pas le goulag. Il a repris Canal en main, il le transforme. Ce qu'il réalise sur un plan technique en s'associant, entre autres, avec les opérateurs, est fondamentalement une bonne chose". 

Mi-2017, Thierry Ardisson a remercié Stéphane Guillon, qui tenait une chronique dans Salut les terriens, lui reprochant notamment d'avoir critiqué Vincent Bolloré dans l'émission C à vous sur France 5. Depuis, les deux hommes s'invectivent par médias interposés. En mars 2018, l'animateur a notamment rappelé que l'humoriste était payé 10.000 euros par semaine pour officier dans Salut les terriens. Ambiance...

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Les résultats des sociétés de Thierry Ardisson (en euros)

TPCA SARL
Création: 2003 Chiffre d'affaires (2016): 1,5 million Résultat net (2016): +625.852 Effectif: 2

Ardis SAS
Création: 1987 Chiffre d'affaires (2016): 8,7 millions Résultat net (2016): +546.011 Effectif: 1

Ardistock SARL
Création: 2008 Chiffre d'affaires (2016): 0 Résultat net (2016): -4.045

Ardimages SAS
Création: 2005 Chiffre d'affaires (2016): 6.475 Résultat net (2016): -75.586

Télé Paris SARL
Création: 1997 Chiffre d'affaires (2016): 12,7 millions Résultat net (2016): +515.076 Effectif: 29

Source: comptes sociaux

Dividendes reçus par Thierry Ardisson de TPCA SARL (en millions d'euros)

2009: 0,866 2010: 0 2011: 1,258 2012: 1,512 2013: 1,603 2014: 0 2015: 0,583 2016: 0,621 2017: 0,621

Source : comptes sociaux

Ambitions contrariées dans le cinéma

En 2006, Thierry Ardisson crée la société Ardimages SAS pour se lancer dans la production de films. En 2008, il annonce huit projets de films disposant tous de co-producteurs et de distributeurs solides, dont certains devaient bientôt entrer en production...

Dix ans plus tard, un seul de ces films a vu le jour: Max, réalisé par Stéphanie Murat. Sorti en janvier 2013, il a réalisé un demi-million d'entrées. Il était doté d'un budget de 6,8 millions d'euros, dont 1,6 million apportés par Canal Plus, mais pas un kopeck en provenance de Thierry Ardisson. "Thierry Ardisson a apporté le projet", explique sa porte-parole.

Le 12 septembre prochain, sortira enfin le second film produit par Ardimages SAS: Ma fille, premier film réalisé par l'actrice Naidra Ayadi, d'après l'oeuvre de Bernard Clavel. Le budget de 3,86 millions d'euros a, là encore, été apporté en partie par Canal Plus et sa filiale C8.

Thierry Ardisson indique avoir aussi signé avec Canal Plus un contrat pour développer un film baptisé les Enfants du Palace, qui est en "pré-production avec Studio Canal".

Ardimages a aussi produit une série télévisée pour M6, Péplum, qui n'a pas été renouvelée par la chaîne pour une seconde saison. Mais Thierry Ardisson assure avoir déjà vendu à des chaînes deux nouvelles séries.

Néanmoins, Thierry Ardisson a eu le nez creux en prenant 50% de la société de production de films Nolita Cinéma, créé en 2012, qui a quelques succès à son actif, comme les Souvenirs (1,1 million d'entrées), ou Il a déjà tes yeux (1,4 million d'entrées).

Un producteur qui a travaillé avec lui conclut: "Thierry Ardisson est un cinéphile, un passionné plein d'énergie, un créatif qui aime raconter des histoires. Mais c'est aussi un impatient, et initialement il n'avait pas compris que faire naître un film met beaucoup plus de temps que faire naître une émission".

Jamal Henni