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Les politiques doivent-ils arrêter d'écrire?

Christine Boutin n’a vendu que 38 exemplaires de son ouvrage intitulé Qu'est-ce que le parti chrétien-démocrate?

Christine Boutin n’a vendu que 38 exemplaires de son ouvrage intitulé Qu'est-ce que le parti chrétien-démocrate? - Philippe Merle - AFP

Qu’ils s’essaient à la littérature ou qu’ils se contentent d’exposer leur vision du monde, les politiques font rarement des cartons en librairie. Et leurs flops sont parfois retentissants. Mais pourquoi, alors, les éditeurs continuent-ils à parier sur leur notoriété? Enquête.

Si Christine Boutin espérait gagner un peu d’argent avec son dernier livre, c’est raté. L’ex-ministre du Logement de Nicolas Sarkozy n’a vendu que 38 exemplaires de son ouvrage intitulé Qu'est-ce que le parti chrétien-démocrate? (éditions de l'Archipel). Un flop qui fait d’elle la championne des ventes les plus ridicules de l’édition française au rayon « livres politiques » dans le palmarès publié mercredi par le magazine GQ.

Mais la fondatrice du parti chrétien-démocrate pourra toujours se consoler en se disant qu’elle n’est pas la seule à voir ses oeuvres boudées par le public. Le dernier livre du président de l’Assemblée Claude Bartolone s’est vendu à 268 exemplaires. Celui de Michel Sapin a fait à peine mieux: 346 exemplaires. 

Au vu de ces chiffres, on peut se demander pourquoi les éditeurs continuent à passer commande aux hommes politiques français. Tout simplement parce que, comme avec les romans, il y a parfois de bonnes surprises. Certes, les performances des ventes des livres écrits par les politiques sont relativement faibles au regard de la médiatisation dont ils bénéficient, mais il convient de ne pas généraliser.

"On s'attend plus ou moins à ce que ça ne marche pas"

Dans l’ensemble, ils seraient même proches de la rentabilité. Surtout pour les maisons d’édition qui se montrent plus habiles que d’autres dans leurs choix. "Un livre écrit par un politique se vend mieux lorsque l’auteur est candidat à l’élection présidentielle" ou dans une moindre mesure à un autre scrutin, selon Yves Derai, le directeur des Editions du Moment.

Hors élections, le public est au rendez-vous lorsque le politique "joue contre son camp". Roselyne Bachelot qui tacle l’UMP, Marie-Noël Lieneman au PS, les exemples sont légion. "Les ouvrages détaillant les coulisses du pouvoir sont eux aussi très appréciés des lecteurs", assure l’éditeur.

Cependant, parmi le flot de livres publiés par les politiques, la probabilité d’assister à des flops retentissants est forte. Voire très forte, dans certaines situations : "c’est le cas lorsque l’auteur n’est pas un tout premier couteau. On s’attend plus ou moins à ce que ça ne marche pas", confie Yves Derai.

Certains politiques offrent une forme de garantie

Dans ce cas, pourquoi tenter l’aventure ? Plusieurs raisons sont évoquées. Christine Boutin a par exemple été publiée chez Parole et Silence car elle s’inscrivait dans une thématique propre à la maison d’édition, explique Sabine Larivé, sa directrice. Et tant pis si les ventes ne sont pas bonnes : "on peut choisir d’éditer un livre si l’on trouve un sujet intéressant. Les maisons d’éditions peuvent panacher, compenser des ventes plus faibles avec des best sellers. Et puis, les éditeurs sont toujours un peu frondeurs ! » sourit-elle. Autre possibilité : "certaines maisons d’éditions préfèrent ne pas gagner d’argent sur le livre d’un politique plutôt qu’il signe chez la concurrence", décrypte un spécialiste du secteur.

Fidéliser, au cas où les ventes de l’ouvrage suivant s’envoleraient…Enfin, certains éditeurs "aiment tout simplement compter des hommes politiques dans leurs relations", selon Yves Derai. En outre, signer avec certains politiques offre une forme d’assurance. Il est ainsi probable qu’un patron de parti fera acheter un certain nombre d’exemplaires pour les vendre dans les différentes fédérations.

Le seuil de rentabilité souvent atteint

Au final, chacun semble y trouver son compte. Les politiques car le statut d’auteur leur confère une légitimité nouvelle, et leur permet de diffuser leurs idées. Les éditeurs car en règle générale, le rapport est équilibré entre flops et best sellers. Aux Editions du Moment, un livre est ainsi rentabilisé lorsqu’il est vendu à hauteur de 2.500 à 3.000 exemplaires. Une barre franchie allègrement par les ténors de la politique. "Un éditeur peut-il réellement se passer de publier des personnalités politiques, des grands avocats, des grands patrons? Non, soyons honnêtes", reconnaît pour sa part Jacques-Marie Laffont, directeur général de la maison éponyme.

Reste à régler le problème d’une certaine désaffection des lecteurs pour le contenu des ouvrages concernés. "C'est dommage que les politiques aient perdu toute crédibilité", s’inquiète ainsi le patron d’une grande maison d’édition parisienne. CQFD.

Yann Duvert