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Le festival de Cannes raconté par les festivaliers

Le film "Dead Shadows" a trouvé un distributeur lors du marché du film

Le film "Dead Shadows" a trouvé un distributeur lors du marché du film - -

Derrière les paillettes, plusieurs festivaliers racontent comment ils ont vécu le festival de l'intérieur. Témoignages.

David Cholewa (réalisateur, président de DC Medias)

"Je viens au marché du film depuis 6 ou 7 ans. D'abord, lorsque je travaillais pour le distributeur de films One Plus One, puis pour le compte de ma propre société de distribution DC Medias, spécialisée dans les films de genre: horreur, fantastique, etc.

En 2012, j'ai réalisé et co-produit avec la société section5 mon premier film, Dead Shadows, et je l'ai projeté au marché dans une version non finalisée (work in progress). Cela a permis de trouver des distributeurs dans plusieurs pays dont le Japon, et d’être séléctionné au festival de Sitges en Espagne. L'argent ainsi récolté a représenté un tiers du budget du film (175.000 euros au total), et a permis de financer sa post-production.

Cette année, le marché nous a permis de vendre le film dans de nouveaux pays, notamment la France, où il sortira en septembre 2013. Le marché a été fructueux, car il a aussi permis de rencontrer des co-producteurs potentiels pour les deux prochains scénarios que je veux réaliser avec ma structure de production Cryofilms: Black gate (un million d'euros de budget) et Dark zone (3 millions d'euros). Les producteurs français ne sont pas très friands de films de genre sans tête d'affiche, donc c'est pour cela que je cherche plutot des investisseurs étrangers, et le marché est un lieu incontournable pour les rencontrer.

Chaque année, je signe 5 à 10 «deal memo» (projets d'accord) lors du marché pour la vente à l'international des films de mon catalogue"

Salim Kechiouche (acteur)

"Je suis allé 4 fois au festival. J’y suis allé cette année pour La vie d’Adèle, d’Abtellatif Kechiche [Ndlr: qui a remporté la palme d'or].

La première fois, c’était en 1996: je suis venu avec A toute vitesse, de Gaël Morel, qui était mon premier film. Ca a été un choc très fort: j’étais très jeune, je venais d’un milieu modeste à Vaulx-en-Velin, et je me retrouvais logé à hôtel Martinez, avec un chauffeur, logé et nourri gratuitement. Chaque jour, je voyais 1 ou 2 film, et je faisais une ou deux soirées. Je dormais seulement 2 à 3 heures par nuit.

Bref, j’en ai pris plein les yeux, et j’étais complètement déconnecté du réel. Et au bout d’une semaine, j’avais commencé à croire que la vraie vie ressemblait au festival, et que ça allait durer ainsi éternellement. L’atterrissage a donc été difficile, et j’ai eu un coup de blues.

Aujourd’hui, je pense qu’il faut aller au festival uniquement si on a un film à défendre, sinon c’est assez frustrant. De l’extérieur, on s’imagine que c’est une grande fête ouverte à tous, alors qu’en réalité, c’est très difficile de rentrer aux projections et aux soirées. Et aux soirées, on retrouve les mêmes gens que dans les soirées parisiennes…"

Alexis (étudiant en audiovisuel)

"J’avais envie depuis longtemps de participer au festival, qui est le plus grand du monde et dégage une certaine magie. J’y ai donc participé pour la première fois cette année, en travaillant pour le festival, et en étant parallèlement assistant d’un photographe de Gala.
Cela a été une très bonne expérience, que j’ai hâte de renouveler. J’ai pu observer tous les aspects du festival, côtoyer des stars de cinéma, assister à deux projections en présence de l’équipe du film…

Je regrette juste que mon accréditation ne m’ai pas permis d’accéder facilement aux projections. J’ai dû récupérer des invitations pour les projections, ce qui était un peu difficile.
Quant aux soirées, je n’ai malheureusement pas pu y aller, car je n’avais pas d’invitations.

Certes, le festival est assez fermé, mais il serait impossible de l’ouvrir à tout le monde. Il y a des évènements qui sont accessibles à tous, comme les projections sur la plage ou le Grand journal, ce qui permet de satisfaire le grand public".

Clément (salarié dans l'événementiel) et Kenzo (agent dans un cinéma)

"Nous habitons à Montpellier et nous avons pris quelques jours de congés pour venir à Cannes. Cela fait la troisième fois que nous venons, et c'est à chaque fois un émerveillement. Nous venons pour l'ambiance et voir les stars monter les marches. Nous aurions bien aimé assister à des projections ou rentrer dans des soirées, mais malheureusement, nous n'avons aucune connexion pour cela. Ce serait bien si le festival était un peu plus ouvert, mais sans être trop accessible non plus, car alors il perdrait de sa valeur. Nous allons revenir l'an prochain et nous essaierons de voir un film cette fois!"

J. H. à Cannes