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Le cinéma français fait bloc face aux critiques

Les professionnels du cinéma ont défendu le modèle français devant les députés.

Les professionnels du cinéma ont défendu le modèle français devant les députés. - -

Le modèle français a été défendu par la profession lors d'un débat à l'Assemblée nationale.

Le 28 décembre, le producteur Vincent Maraval (Wild Bunch) dénonçait les salaires trop élevés des acteurs français, suscitant une forte émotion dans l'opinion. Face à cela, la commission des affaires culturelles de l'Assemblée nationale a organisé mercredi 16 janvier un débat sur le financement du cinéma.

En réalité, il n'y a pas eu de débat, car tous les orateurs invités et tous les députés étaient d'accord pour défendre le "modèle" français face aux critiques. "Les députés de la commission des affaires culturelles sont acquis à votre cause", a rappelé Franck Riester (UMP). Le président socialiste de la commission, Patrick Bloche, a loué "un dispositif vertueux, qui a montré son efficience, et qu'il faut préserver". Seule voix discordante, la députée écologiste Isabelle Attard."Un vrai débat demande une critique et des paroles un peu différentes", a-t-elle regretté.

1/ Le salaire des stars

Les intervenants ont d'abord déploré la polémique sur le cachet des stars. "C'est un faux problème", a assuré Michel Hazanavicius, réalisateur de The Artist. Dire que les acteurs sont trop payés, c'est complètement faux et ultra-démagogique". Pour le président de la société des Auteurs réalisateurs producteurs (ARP), la solution serait que les artistes soient intéressés aux recettes, ce qui est difficile car "le système de remontée des recettes n'est pas très transparent. On ne peut pas demander à des gens d'être plus vertueux que le système..."

Oh surprise! Le président du Centre national du cinéma (CNC),Eric Garandeau, a estimé, lui aussi, qu'il n'y avait pas de problème... "Sur une longue période, les cachets des rôles principaux n'explosent pas: ils représentent 7,7% du coût d'un film en 2011, contre 7,1% en 2003, avec un pic à 8,6% en 2008". Surtout, "l'argent public ne finance pas ces cachets. En effet, le CNC ne finance que 5% du budget des gros films. L'essentiel est apporté par le producteur et les chaînes de télévision, essentiellement privées. Car les chaînes privées investissent 97% de leur argent sur des films avec un budget de plus de 7 millions d'euros".

Même son de cloche chez Joëlle Farchy, professeur à la Sorbonne et membre du CSPLA (Conseil supérieur de la propriété littéraire et artistique). Selon elle, les cachets élevés des stars sont une "compensation au fait qu'il y a beaucoup d'appelés et peu d'élus"...

2/ L'argent public

Une nuance est toutefois apparue concernant l'argent public. Le président du CNC a admis que les subventions qu'il distribue sont "de l'argent public", tout en précisant bien que "le CNC n'est pas le premier financeur du cinéma".

Mais Joëlle Farchy n'est pas d'accord. Elle a rappelé que l'argent du CNC provient de diverses taxes: sur les tickets de cinéma, sur les chaînes de télévision, et sur les fournisseurs d'accès Internet, cette dernière ayant "explosé après 2008". Cela au nom du principe: "une entreprise qui ne tire pas profit du cinéma ne contribue pas au CNC".

Ces aides "exonèrent le budget de l'Etat, et donc le contribuable. Donc ce n'est clairement pas le contribuable qui paye", selon le professeur. Pour elle, on peut considérer comme argent public uniquement les subventions des régions ("moins de 2% des financements") et les niches fiscales comme les Soficas (3%). Ces apports étant "très limités", l'argent public est donc "totalement marginal".

Qui paye alors? "Le spectateur en salle, l'abonné à Internet, l'abonné à Canal Plus, ou celui qui paye sa redevance, ce qui est certes une manière de faire payer le contribuable. A la fin, c'est forcément le citoyen qui paye. Mais faire payer le consommateur, ou le contribuable, n'est pas du tout la même chose". Certes, "il y a beaucoup d'argent dans le cinéma. Mais c'est le CNC qui paye pour participer au redressement des comptes publics, et non l'inverse!" Une allusion aux 150 millions d'euros prélevés sur l'opulente cagnotte du CNC de 820 millions...

3/ Trop de films ?

Le nombre de films produits en France atteint un record historique. Mais pour Eric Garandeau, "dire qu'on produit trop de films est une idée fausse. Cela n'a pas de sens en soi". Selon le président du CNC, "il y a un rapport entre le nombre de films produits et la part de marché en salles du cinéma français". Il a cité comme contre-exemple l'Allemagne, qui produit moins de films, et dont les films nationaux réalisent moins d'entrées en salles.

Le président du CNC a tenté d'inspirer la compassion de son auditoire en listant les menaces qui pèsent sur le cinéma français, et les douloureux effets de la ponction opérée sur sa cagnotte. Et il en a profité pour réclamer encore plus d'argent, plaidant pour l'instauration d'une taxe sur la télévision de rattrapage, ou une augmentation de l'avantage fiscal des Soficas...

Seule contre tous, la députée écologiste Isabelle Attard a demandé une "révision" d'un modèle "déséquilibré", qui "surfinance des films à la qualité moyenne". Elle a plaidé pour "une réforme des défauts", et s'est dite favorable au plafonnement des cachets des stars à 400 000 euros, comme le propose Vincent Maraval. Mais personne ne l'a suivie sur ce point...

Jamal Henni