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Lagardère cherche un partenaire pour ses boutiques Relay

Arnaud Lagardère a vendu pour 5 millions d'euros d'actions au mois de mars.

Arnaud Lagardère a vendu pour 5 millions d'euros d'actions au mois de mars. - Relay Lagardère

Le groupe réfléchit à ouvrir le capital de sa branche de distribution. Une contrainte imposée par le lourd endettement d’Arnaud Lagardère. Dans un communiqué publié ce mardi après la clôture de la Bourse, le groupe dément nos informations.

Arnaud Lagardère freine-t-il l’essor de son groupe? La semaine passée, le patron du groupe Lagardère a vendu pour près de 5 millions d’euros d’actions. Des opérations qu’il réalise chaque année pour éponger ses dettes personnelles qui, selon nos informations, s’élèveraient à environ 17 millions d’euros par an pour un total de plus de 200 millions d’euros.

L’an passé, il avait vendu pour 10 millions d’euros d’actions contre 7,4 millions en 2014. En parallèle, le groupe Lagardère verse tous les ans 170 millions d’euros de dividendes aux actionnaires dont Arnaud est le premier bénéficiaire. Avec 7,6% du capital -à date-, l’héritier récupère chaque année environ 13 millions d’euros qui visent aussi à rembourser ses dettes.

Les bénéfices sont toujours insuffisants pour payer les dividendes. Sauf en 2016 quand ils ont atteint 175 millions d’euros. Du coup, Arnaud Lagardère endette son groupe familial pour continuer à les verser. Une situation qui commence à poser problème pour l’avenir industriel de Lagardère. Car à force de pomper les ressources de son groupe, il n’a plus les moyens de financer son développement.

Un partenaire qui pourrait s'offrir jusqu'à 49% du capital

Ainsi, la branche "Retail Travel" qui exploite les duty free et les magasins Relay dans 220 aéroports et les gares, aura besoin de beaucoup investir dans les prochaines années. D’abord pour cofinancer la modernisation des galeries commerciales, imposée par les aéroports. Ensuite pour développer des boutiques de produits de luxe, plus rentables que la presse, les livres ou la petite alimentation des Relay.

Selon plusieurs sources, Lagardère réfléchit à ouvrir le capital de sa branche à des investisseurs minoritaires. "Il est prêt à vendre jusqu’à 49% à un partenaire, explique l’une d’elles. La direction y est très favorable". Avec plus de 200 millions d’euros de marges en 2016, cette division vaut environ 1,8 milliard d’euros. Elle est le premier pilier du groupe et réalise 50% de son chiffre d'affaires soit plus de 3 milliards d'euros.

Cette option, non encore actée, est testée par le groupe auprès d’investisseurs. Selon nos informations, Lagardère aurait même été approché par des investisseurs étrangers intéressés par le dossier. Sauf qu’une participation minoritaire dans une société non-cotée intéresse peu… Pour le moment, rien ne presse. "Mais il faut préparer l’avenir pour être prêt d’ici deux ans" explique un autre proche du groupe.

Unibail-Rodamco regardera le dossier

Jusqu’ici, la question d’une alliance était écartée par l’ancien directeur financier de Lagardère, Dominique D’Hinnin. Seul le rachat du concurrent World duty free, appartenant à la famille italienne Benetton, avait été étudiée en 2015. Mais le suisse Dufry avait raflé la mise. Depuis le départ soudain de D’Hinnin, la question d’une alliance est dans toutes les têtes. Au sein du groupe, certains souhaiteraient un partenariat avec LVMH. Le géant du luxe détient DFS (duty free shop) qui vend ses marques de luxe dans seize aéroports, notamment asiatiques. Exactement la stratégie de diversification que souhaite Lagardère pour ses magasins.

"Il y a une intégration très forte entre les galeries commerciales de Lagardère et les marques de LVMH, reconnait un bon connaisseur du dossier. Mais Bernard Arnault n’acceptera jamais d’être minoritaire". Les deux patrons se connaissent bien pour avoir été administrateur du groupe de l’autre pendant plusieurs années.

Contacté, le groupe de luxe n’a pas souhaité nous répondre. Tout comme la direction de Lagardère, qui a attendu la clôture de la Bourse ce mardi pour publié un communiqué démentant nos informations. D’autres estiment qu’un investisseur comme Unibail-Rodamco serait intéressé par les aéroports. "Nous n’avons pas de stratégie proactive dans les gares et les aéroports. Mais nous regardons l’essor de ces activités qui marchent bien, et les dossiers qui peuvent se présenter", reconnait le gestionnaire de centres commerciaux. Une porte entrouverte pour Lagardère.

Dernière option, l’introduction en Bourse permettrait de bien valoriser la filiale de distribution. Mais Arnaud Lagardère n’y serait pas favorable car elle pèserait sur le cours de Bourse du groupe et cristalliserait son profil de conglomérat. Il a besoin de maintenir son cours élevé pour bien vendre ses actions chaque année. Et avec 1,5 milliard d’euros de dettes, le groupe conserve peu de capacité d’emprunt. Il doit garder des marges pour financer les dividendes d’Arnaud Lagardère. Un cercle vicieux qui atteint ses limites.

Droit de réponse du groupe Lagardère : 

«Suite à la publication en ligne d'un article intitulé "Lagardère cherche un partenaire pour ses boutiques Relay" sur le site : //bfmbusiness.bfmtv.com en date du 28 mars 2017, il semblerait que l'ensemble de ces fausses informations ait eu un impact direct sur le cours de l'action Lagardère. 

Par conséquent, le groupe Lagardère tient à apporter les précisions suivantes :

- Il est faux d'affirmer que "le groupe Lagardère cherche un partenaire pour ses boutiques Relay".

- Il est faux de soutenir que « Le groupe réfléchit à ouvrir le capital de sa branche de distribution (Lagardère Travel Retail). Une contrainte imposée par le lourd endettement d'Arnaud Lagardère ».

- Il est faux de prétendre que "le groupe Lagardère verse tous les ans 170 millions d'euros de dividendes aux actionnaires dont Arnaud [Lagardère] est le premier bénéficiaire".

- Il est faux de dire que "Les bénéfices sont toujours insuffisants pour payer les dividendes. Sauf en 2016 quand ils ont atteint 175 millions d'euros. Du coup, Arnaud Lagardère endette son groupe familial pour continuer à les verser."

- Il est faux d'affirmer que "Les bénéfices sont toujours insuffisants pour payer les dividendes".

- Il est faux de laisser entendre que M. Arnaud Lagardère gère le groupe éponyme dans un intérêt personnel. Il suffit pour s'en convaincre de vérifier les majorités avec lesquelles sont adoptées les résolutions présentées à l'Assemblée Générale des actionnaires de Lagardère.

- Il est faux de laisser croire selon une source anonyme qu' "Il [Lagardère] est prêt à vendre jusqu'à 49 % à un partenaire, ... La direction y est très favorable".

Le groupe Lagardère affirme qu'il n'y a à ce jour aucune acquisition transformatrice, et de fait aucun projet concret d'ouverture du capital de sa filiale Lagardère Travel Retail. Par conséquent, le groupe Lagardère a demandé à ses avocats d'engager toutes les procédures judiciaires nécessaires afin de faire cesser ces troubles.»

Matthieu Pechberty