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La Ligue 1, un modèle économique à bout de souffle

La Ligue 1 peine à trouver un modèle économique viable.

La Ligue 1 peine à trouver un modèle économique viable. - -

Le modèle économique du championnat de France de football est en perte de vitesse malgré l'argent du Quatar. Les comptes publiés par la Ligue professionnelle de football, lundi 4 mars, n'engagent pas à l'optimisme.

Sportivement comme économiquement, le Paris Saint-Germain est l’arbre qui cache la forêt. Car le modèle de la Ligue 1, si tant est qu’il ait connu un âge d’or, semble à bout de souffle. Le déficit abyssal des clubs, dont la Direction nationale de contrôle et de gestion (DNCG) a publié le détail, lundi 4 mars, en atteste.

S’agissant de la répartition des revenus des clubs, tout d’abord. Ces derniers dépendent à 58% des droits TV. Malgré la bataille que se sont livrés Canal Plus et BeIN Sport, ceux-ci sont à la baisse (607 millions d’euros pour la période 2012-2016, contre 668 pour 2008-2012) après une hausse continue depuis 2002.

Une diminution du montant des droits qui sonne comme un échec de la Ligue professionnelle de football (LFP), dont une bonne part des moyens est consacrée à renforcer la concurrence entre les diffuseurs, afin de faire grimper les prix.

Audiences et fréquentations en baisse

Du coup, la menace se fait plus pesante. "Le sport a beaucoup fait le choix du payant au détriment du gratuit, donc de l’argent au détriment de l’exposition. Il prend ainsi le risque d’une marginalisation importante" affirmait Jean-François Lancelier directeur des programmes de TF1, le 27 février dernier.

Les chiffres ne lui donnent pas tort : les audiences moyennes de l’affiche du dimanche soir, sur Canal Plus, sont en constante baisse depuis 2010. Même si la chaîne réalise quelques gros coups, à l’image du dernier "classique" entre le PSG et Marseille.

De leur côté, les stades sont de plus en plus boudés par le public. Le taux de remplissage est en effet passé de 75,9% pour la saison 2008/2009, à 68,7% pour 2012/2013 (saison en cours).

La hausse subite de fréquentation en 2011/2012 ne saurait masquer le phénomène, puisqu'elle est surtout due au "renouvellement" du public du Parc des Princes, après le plan de "sécurisation" de l'enceinte et l’arrivée des propriétaires qataris, donc des stars.

Éviter le cercle vicieux

Combinés, ces deux facteurs entraînent une baisse des recettes publicitaires et de sponsoring. C’est donc au total 89% des revenus des clubs qui sont impactés.

Lorsqu’on y ajoute une fiscalité toujours plus forte, et la baisse drastique des subventions publiques de la part des collectivités, le tableau apparaît bien sombre.

Sans compter le fair-play financier, qui oblige désormais les clubs à présenter des comptes équilibrés. Ce qui les pousse à considérablement alléger leur masse salariale et à miser sur la formation, puis sur la revente de jeunes joueurs. Mais à terme, ce système risque de peser sur la compétitivité sportive des clubs, puis économique, les entraînant dans un cercle vicieux.

Tout ceci ne concerne évidemment pas le PSG, abreuvé de pétrodollars et capable d’imaginer de nouveaux types de contrats de sponsoring. Dans une moindre mesure, Lyon a pris une grosse longueur d’avance, avec un projet économique (allègement de sa masse salariale, construction d’un stade), certes risqué, mais potentiellement viable.

Pour les autres, il est urgent de réfléchir à un nouveau modèle sous peine de voir tomber la Ligue 1 dans un anonymat d’où il sera difficile de se relever.

Yann Duvert