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La France n'a jamais produit autant de films

Frédérique Bredin, Catherine Deneuve, André Téchiné, Adèle Haenel et Guillaume Canet à Cannes

Frédérique Bredin, Catherine Deneuve, André Téchiné, Adèle Haenel et Guillaume Canet à Cannes - Valery Hache AFP

"300 films français ont été produits en 2015, un record historique. Sans ramener pour autant les spectateurs vers le cinéma hexagonal."

Tous les records sont battus. En 2015, 300 films ont été produits en France, dont 234 à capitaux majoritairement français. Il s'agit des chiffres les plus élevés depuis 1952, date à laquelle remontent les statistiques du Centre national du cinéma (CNC).

Ce pic s'explique notamment par la multiplication de petits films, avec un budget de moins d'un million d'euros: on en compte 81, soit 8 de plus en un an. On recense aussi 47 documentaires, soit 10 de plus en un an.

Mais ce n'est pas tout. Cette statistique ne comprend que les films qui ont demandé un agrément au CNC. Il faut y ajouter les films sortis en salles sans agrément (80 en 2013 et en 2014). 

Boum enchanteur

Ce boum enchante la présidente du CNC Frédérique Bredin, qui se félicite "d'une forte reprise de la production. Il y a une reprise dans toutes les catégories. Voir cette reprise est un signe de vitalité. C'est au spectateur de faire son choix dans cette offre importante", a-t-elle déclaré lors d'une conférence de presse mardi 5 avril.

En 2005, lors du pic précédent (qui était de seulement.... 240 films), la présidente du CNC de l'époque Véronique Cayla avait tenu un discours exactement inverse. Elle avait constaté une "surchauffe" et s'était dite "inquiète" que la "politique d'aide ne devienne pas trop nataliste".

Et en 2003, le conseiller d'État Jean-Pierre Leclerc estimait, dans un rapport au ministère de la Culture: "Il existe une limite pratique, et non seulement financière, à la production française, dont il y a tout lieu de se demander si, s'agissant du nombre des films produits, elle n'a pas été atteinte, voire dépassée, par les chiffres exceptionnels des années 2001 et 2002 (200 films produits). L'assertion selon laquelle il est possible de produire 250 ou 300 films apparaît donc empreinte d'un faible réalisme".

Pas d'effet sur la demande

Hélas, ce n'est pas parce qu'il y a de plus en plus de films français qu'on va plus les voir. En effet, les entrées de films français progressent bien moins vite. Précisément, un film français réalise un tiers d'entrées en moins que dans les années 80. En 2010, 60% des films français ont réalisé moins de 50.000 entrées...

Toutefois, le CNC assure qu'"un nombre de films nationaux élevé permet une part de marché élevée". Las! C'est là aussi contredit par les chiffres. En 2015, les films français ont capté 35% des entrées en salles, alors qu'ils trustaient 45,3% des entrées dans les années 80, où l'on produisait pourtant deux fois moins de films. 

En 2011, un rapport confidentiel de l'Inspection des finances assurait: "La présentation qui est parfois faite du système français comme étant le seul en Europe à être parvenu à sauver un cinéma national doit être nuancé, du moins si l’on se réfère aux parts des recettes des salles". Le rapport citait en exemple l’Italie, où les films nationaux ont réalisé 29,3% des entrées en salles en 2010.

Dans un rapport de 2012, la Cour des comptes concluait: "Il est permis de s’interroger sur la pertinence d’un dispositif de soutien orientant une part significative de ses ressources vers des films qui ne pourront rencontrer qu’un public restreint, voire marginal".

Jamal Henni