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France Televisions: la nouvelle patronne a besoin d'argent

Delphine Ernotte a annoncé que sa future chaîne d'information en continu serait sans publicité

Delphine Ernotte a annoncé que sa future chaîne d'information en continu serait sans publicité - Eric Piermont AFP

Delphine Ernotte, jugeant ses ressources insuffisantes, réclame à la fois une extension de la redevance, et le retour de la publicité jusqu'à 21 heures.

"Je demande fromage et dessert". Sans détours, Delphine Ernotte a réclamé lundi 31 août plus d'argent pour les chaînes publiques.

Le fromage, c'est la publicité, qui aujourd'hui s'arrête à 20 heures sur les chaînes publiques. "Il faut étendre la plage de 20 heures à 21 heures", a plaidé la nouvelle patronne de France Télévisions, lors de sa première rencontre avec la presse. Elle s'est dite "pragmatique et pas idéologue" sur la publicité après 20 heures: "je n'ai pas de tabou. Cela ferait des recettes supplémentaires sans impôt, sans toucher les citoyens". 

Pour une extension de la redevance

Le dessert, c'est la redevance audiovisuelle. "Je suis favorable à une réforme de la redevance", a assuré Delphine Ernotte lors d'un déjeuner avec l'Association des journalistes média. Selon elle, la redevance devrait être acquittée dès que l'on possède "un moyen de recevoir la télévision" -en clair, être étendue aux ordinateurs, tablettes et autres smartphones. "On peut fiscaliser la redevance, la moduler en fonction des revenus pour avoir une plus grande justice sociale, et un jour la prélever à la source". Delphine Ernotte reconnaît toutefois que toucher à la redevance présente "un risque politique". 

Entrée en fonctions le 22 août, la nouvelle patronne du service public de la télévision a assuré n'avoir "eu aucune assurance" du gouvernement ni sur la publicité, ni sur la redevance. Pour l'instant, elle s'est contenté d'"expliquer" aux politiques la situation financière des chaînes publiques, car elle n'est "pas sûre" que cette situation soit bien connue.

Trouver de l'argent en interne

Mais que se passera-t-il si son cri du coeur n'était pas entendu? "On a des marges de manoeuvre (en interne). Il faudra qu'on coupe quelque part", même si "beaucoup d'efforts ont déjà été demandés" à France Télévisions, qui "a déjà fait des efforts conséquents", répond-elle avant de préciser que "ces efforts doivent être justement répartis". En particulier, Delphine Ernotte n'entend pas sabrer dans les effectifs: "le corps social a déjà fait pas mal d'efforts. Il y a actuellement un plan de départs ouvert jusqu'à fin 2015".

Autre piste affichée: augmenter les recettes provenant de la production interne et de la diversification, notamment de la vente de programmes à des chaînes étrangères. Delphine Ernotte a déploré que les deux filiales actives en ce domaine, MFP et FTD, "ne rapportent pas d'argent. Or des filiales commerciales sont là pour rapporter de l'argent à leur maison-mère, sinon pourquoi avoir filiales commerciales?"

"Mon concurrent, ce n'est pas TF1 mais Netflix"

Conclusion du nouveau PDG: "je me bats pour que les ressources soient plus en adéquation avec les dépenses. Ce qui importe, c'est que France Télévisions ait les ressources, je n'ai pas de religion sur les moyens". 

Et elle affiche deux convictions. D'abord, la télévision publique est "déficitaire en exploitation depuis des années. Il faut retrouver un équilibre budgétaire". Surtout, "le modèle de diffusion traditionnel se casse la gueule. Le modèle de remunération par la publicité est en train de s'effriter. Mon compétiteur n'est pas TF1, M6 ou Canal Plus, mais Netflix et demain Amazon".

Pas de publicité sur la chaîne info

Delphine Ernotte a détaillé lundi 31 août son projet de chaîne d'information en continu. Elle sera lancé sur internet en septembre 2016. Elle "souhaite" que cette chaîne soit ensuite diffusé en terrestre (TNT), mais "ce n'est pas un préalable, ni une fin en soi. Je n'en ai pas besoin pour la lancer".  

D'ailleurs, "je n'ai besoin de l'autorisation de personne pour lancer une chaîne numérique". En revanche, "il y a besoin d'une autorisation des tutelles et du CSA pour une diffusion terrestre". Et elle estime avoir déjà implicitement le feu vert du gendarme de l'audiovisuel: "le CSA m'a nommée sur un projet qui comprennait une chaîne d'information. J'ai été très claire dès le début. C'était un chapitre à part entière de mon projet". Quant au gouvernement, "les ministres de tutelle ne sont pas du tout opposés, car l'absence de chaîne publique d'information est un peu une aberration".

Delphine Ernotte a promis que ce projet ne nécessite pas "des moyens considérables". Même s'il n'y aura pas de publicité sur cette chaîne, qui "n'a pas vocation à ponctionner la publicité des chaines info traditionnelles".

La nouvelle patronne assure vouloir lancer cette chaîne "en collaboration" avec France 24 et France Info. Et qu'un passage de LCI sur la TNT gratuite "n'est pas un problème, c'est exogène". 

Jamal Henni