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FC Porto-PSG: le choc des modèles économiques

Si l'opposition sportive semble serrée entre le PSG et le FC Porto, il n'en est rien en ce qui concerne leurs modèles économiques.

Si l'opposition sportive semble serrée entre le PSG et le FC Porto, il n'en est rien en ce qui concerne leurs modèles économiques. - -

L’un crée des stars, l’autre les achète. Le club portugais accueille le Paris Saint-Germain, ce mercredi 3 octobre. Une belle opposition sportive, mais également un véritable contraste entre deux modèles économiques bien éloignés.

D’un côté, le FC Porto, spécialiste des gros coups sur le marché des transferts, notamment en vendant à prix d’or des joueurs achetés pour des sommes admises comme "raisonnables" dans le football. De l’autre, le Paris Saint-Germain, aux moyens illimités, qui n’a d’autre choix que d’user de la surenchère pour acquérir des stars mondiales. Le premier possède un budget de 100 millions d’euros, le second environ le triple. L’un crée des stars, l’autre les achète. Mais leurs différences ne s’arrêtent pas là.

Une règlementation différente selon les pays

En réalité, il serait bien difficile pour le PSG de copier le modèle portugais. En effet, certaines réglementations diffèrent, notamment sur l’achat de joueurs. Les clubs portugais ont notamment la possibilité de revendre une partie des droits des joueurs à des fonds d’investissement. Du coup, les achats leur reviennent moins cher (mais rapportent moins au moment de la revente... ). A titre d’exemple, l’attaquant brésilien Hulk, récemment transféré de Porto à Saint-Petersbourg, n’appartenait qu’à 85% au club portugais.

Cette disposition, également autorisée en Espagne, est interdite au sein des autres championnats européens, dont la Ligue 1. Une inégalité de traitement que veut d’ailleurs abolir Michel Platini. Le président de l’UEFA entend ainsi à terme uniformiser les pratiques financières et donc interdire cet avantage. Ce qui pourrait mettre en difficulté les clubs portugais, comme le FC-Porto mais aussi le Benfica ou le Sporting Portugal, qui fonctionnent de la même façon.

Transparence et contre-pouvoir

Deuxième différence notable entre le FC Porto et le PSG, la transparence des comptes du premier, à mettre en opposition avec une certaine opacité du côté du second. Nicolas Vilas, journaliste à Ma chaîne sport et spécialiste du football portugais, l’explique: "Etant coté en bourse, Porto a une obligation de justifier toutes ses opérations financières par un communiqué. A Paris, c’est différent. On ne connaît jamais exactement le prix d’achat des joueurs, comme lors du transfert de Verrati (arrivé cet été au PSG, NDLR)".

Troisième différence entre les deux clubs, plus politique cette fois, l’absence de contre-pouvoir au sein du club de la capitale. "A Porto, le club appartient aux socios, qui élisent eux-mêmes leur président. Ils ont donc la capacité de peser sur les décisions, y compris économiques, du club. Cela veut dire qu’ils décident qui investit dans le club. Le PSG, depuis la mise en place du plan Leproux*, est devenu le jouet d’un seul investisseur, qui mène sa barque comme il le désire. Cela veut également dire qu’il peut s’en aller à tout instant et mettre en péril tout le modèle économique. Cette situation n’est pas imaginable à Porto, qui possède un modèle beaucoup plus transparent", poursuit le spécialiste. Un portrait flatteur auquel il convient d’apporter une nuance, puisque l’arrivée de riches propriétaires "est freinée par le modèle même de gestion des clubs portugais. Le système démocratique des socios peut faire peur. Au FC Porto, comme au Benfica ou au Sporting, les présidents sont élus et ils ne font pas tout ce qu'ils veulent. Ils ont des comptes à rendre. Au propre comme au figuré".

Le fair-play financier, danger numéro un

Plusieurs dangers menacent pourtant ce modèle portugais, à l’inverse du PSG. D’une part, la volonté de l’UEFA d’interdire la vente des droits des joueurs à des fonds d’investissement, au nom de l’équité. D’autre part, la mise en place prochaine du fair-play financier qui, étonnamment, devrait poser plus de problèmes à Porto qu’au PSG. L’explication en est simple, selon Nicolas Vilas : "Porto réalise parfois ses plus-values sur la vente de ses joueurs à des "pigeons", notamment en France, qui sont prêts à les surpayer pour combler le manque d’attractivité de la Ligue 1. Avec le fair-play financier, ces clubs feront beaucoup plus attention à ce qu’ils dépensent, cela risque d’être préjudiciable à Porto." Le PSG ne devrait, quant à lui, connaître aucun problème face à ce nouveau "fair-play", ayant trouvé récemment la parade pour contourner les règles de l’UEFA.

Les deux adversaires du soir ont tout même point commun: un budget record dans leurs championnats respectifs, qui les place en décalage avec la réalité et l’activité économiques de leur championnat. A ajouter au fait –assumé par Porto- d’être en situation de quasi-monopole au Portugal. Une marche que le PSG ne devrait pas tarder à suivre.

*En 2010, le président du PSG Robin Leproux décide de "pacifier" les tribunes du Parc des Princes. Depuis, les associations de supporters, qui exerçaient une certaine pression sur la direction, ont disparu.

Yann Duvert