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Canal+ : le plan d’économies n’a pas suffi, 500 postes supprimés

Le siège de Canal Plus à Paris

Le siège de Canal Plus à Paris - Martin BUREAU / AFP

La chaîne cryptée continue à perdre des abonnés sur fond de concurrence exacerbée. C’est quasiment 20% des effectifs en France qui vont passer à la trappe.

Les difficultés de Canal+ sur le marché français ne sont pas nouvelles. Mais cette fois, la potion concoctée par Vincent Bolloré est bien plus amère que la précédente. Après un plan d’économies de 300 millions d’euros lancé en 2016 (et 150 suppressions de postes), le groupe s’apprête aujourd’hui à annoncer la suppression de 500 postes, soit quasiment 20% des effectifs en France (2800 personnes).

Cette saignée se fera dans le cadre d’un plan de départs volontaires qui sera présenté mardi aux représentants du personnel. Il ne concernera que les effectifs en France.

Si la chaîne a amélioré sa rentabilité, les revenus sont chroniquement dans le rouge, plombés par une hémorragie d’abonnés, 300.000 depuis 2017 et 1 million depuis fin 2015 (pour un total de 8,3 millions dont 4,7 millions abonnés directs, les autres étant issus de partenariats avec des opérateurs télécoms).

Canal+ a en effet bien moins d’atouts « premiums » pour séduire le consommateur : elle a perdu les droits pour la retransmission des matchs de football de la Ligue 1 tandis que du côté des séries, Netflix a tout écrasé sur son passage. Sans oublier les autres services proposés par Apple ou Amazon.

Cap sur l’international

Dans le même temps, sa cible est de plus en plus confrontée à des arbitrages budgétaires tant les abonnements à des services de streaming se multiplient : séries et films (Netflix, Amazon, Apple), musique (Spotify, Apple, Deezer…), sports (BeIN, SFR…) etc.

En fait, la question est de savoir s'il existe un avenir pour le modèle des chaînes payantes à la Canal+ dans ce nouvel environnement dominé par les nouveaux géants du streaming.

Et ses contre-offensives : MyCanal et la nouvelle offre Canal+ Séries, vendus bien moins chers que l’abonnement classique à Canal+ ne semblent pas avoir eu les effets escomptés.

Par ailleurs, c’est bien Canal+ France qui est le plus touché puisque les activités du groupe à l'international (Pologne, en Afrique, au Vietnam, en Birmanie) se portent bien. De quoi pousser le groupe à annoncer dans le même temps l'acquisition d'un opérateur européen de télévision payante, le groupe basé au Luxembourg M7, pour un peu plus d'un milliard d'euros. La stratégie de miser à l’international est claire.

L’absence de perspectives favorables a donc poussé Vincent Bolloré à tailler dans le vif. Pour la Ligue 1 de football par exemple, véritable aimant à abonnés, Canal+ devra désormais payer le prix fort auprès de l’espagnol Mediapro détenteur des droits pour plusieurs saisons. Rien ne dit qu’il le fera.

Et ce n’est pas le seul problème du milliardaire. Les chaînes gratuites de la galaxie Canal, C8, CNews et CStar perdent de l’argent. Bolloré a donc décidé de lancer un plan d’économies qui se traduit par moins de budget pour la production des émissions maison. Ce qui poussé un des animateurs star de C8, Thierry Ardisson, à quitter le navire.

D'après La Lettre A, la chaîne de la TNT, qui a perdu un demi-milliard d'euros depuis son lancement, a réduit de 22% sa perte d'exploitation l'an dernier, mais celle-ci ressort encore à près de 55 millions d'euros, tandis que CNews en est à 166 millions d'euros de pertes cumulées depuis 2002.

Et si ce massif plan social était le prélude à une mise en vente du groupe ? Certains observateurs du secteur en sont convaincus.

Olivier CHICHEPORTICHE