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Brexit: quel impact sur le football européen?

Les joueurs anglais pourraient avoir plus de place en Premier League dans les années à venir.

Les joueurs anglais pourraient avoir plus de place en Premier League dans les années à venir. - Paul Ellis - AFP

Le résultat du référendum britannique fait craindre le pire à certains observateurs du football anglais. À tort, pour l’instant.

Au surlendemain d’un vote historique, qui acte la sortie du Royaume-Uni de l’UE, les Britanniques ont toujours la gueule de bois. Et vient désormais le temps des interrogations pour bon nombre de secteurs clés de l’économie, dont le football. Car la Premier League, qui sur le plan économique écrase l’ensemble de ses concurrents, voit d’un bien mauvais œil l’isolement prochain de la Grande-Bretagne. Le championnat le plus prestigieux d’Europe pourrait en effet perdre de son attractivité, pour plusieurs raisons.

D’abord, car une nouvelle contrainte réglementaire pourrait venir contrarier les plans de certains clubs désireux de s’attacher les services de joueurs étrangers. Si la législation n’évolue pas, les joueurs étrangers de l’UE ne pourront plus travailler en Angleterre sans obtenir un permis de travail. Et les conditions d’obtention sont drastiques.

Plus de place pour les joueurs anglais? 

Un joueur d’une des dix premières nations au classement Fifa devra avoir joué 30% des matchs de sa sélection lors des deux dernières années pour le décrocher. Un pourcentage qui monte à 45% pour les nations classées de 11 à 20, puis à 60% pour celles de 21 à 30, et enfin à 75% pour celles de 31 à 50. Selon la BBC, si la situation restait figée, 122 joueurs, dont bon nombre de Français, devraient ainsi quitter leur club actuel.

Malgré tout, il est peu probable que la Premier League s’en trouve complètement chamboulée. "Les autorités britanniques et les instances européennes du football devraient se montrer pragmatiques, et autoriser les joueurs internationaux à travailler en Angleterre", indique Bastien Drut, économiste du sport. "La seule conséquence imaginable serait de faire plus de place aux joueurs anglais, mais c’est une stratégie à laquelle la ligue anglaise réfléchissait depuis un certain temps".

La chute de la livre sterling, facteur clé

La vraie interrogation réside en fait dans le comportement de la livre sterling par rapport à l’euro. Durant la seule journée de vendredi, la monnaie britannique a perdu plus de 5%. Si le taux de change actuel se maintenait, les clubs anglais auraient ainsi perdu 115 millions d’euros par an de droits TV (5,1 milliards de livres pour les 3 prochaines années).

"Cela reconfigure un peu les rapports de force, car c’est autant de pouvoir d’achat en moins par rapport aux pays d’Europe continentale", poursuit Bastien Drut. "Même si la puissance financière du championnat anglais est telle que cela ne remet pas en cause sa suprématie".

"Peut-être que les salaires de certains joueurs vont s’en ressentir", abonde Wladimir Andreff, professeur émérite à l’université Paris 1. "Mais les joueurs de Ligue 1 ou de Série A auront toujours la possibilité de voir leur rémunération bondir".

Un cercle vicieux à éviter à tout prix

En clair, les clubs anglais devraient continuer à faire leurs emplettes dans les autres championnats européens, mais en limitant leurs dépenses et en offrant des salaires (un peu) plus bas, sauf si la situation tournait mal.

Rien ne dit, en effet, que la livre ne poursuivra pas sa dégringolade dans les prochaines semaines. Si un tel scénario se produisait, les cartes pourraient être rebattues: chute des revenus des clubs, fuite des talents et perte d’attractivité entraîneraient irrémédiablement une baisse des droits TV lors des prochains appels d’offre.

Un cercle vicieux dont il n’est cependant pas question aujourd’hui. "Si la livre descend jusqu’à 0,50 euro (elle se situe actuellement autour de 1,25 euro), il est sûr que la situation changerait", sourit Wladimir Andreff. "Mais on n’en est pas là". Pour l’instant, du moins.