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Arnaud Lagardère contient la fronde de plusieurs actionnaires minoritaires

Les 5,8 millions d'euros touchés lors de son départ par Dominique d'Hinnin ont été contestés

Les 5,8 millions d'euros touchés lors de son départ par Dominique d'Hinnin ont été contestés - BFM Business

Malgré la contestation de plusieurs actionnaires, toutes les résolutions présentées par la direction ont été adoptées lors de l'assemblée générale de Lagardère, avec toutefois des scores moins élevés que d'habitude.

Tout est bien qui finit bien. Toutes les résolutions présentées par la direction ont bien été adoptées par les actionnaires de Lagardère lors de l'assemblée générale qui s'est tenue jeudi 4 mai -avec toutefois des scores moins élevés que d'habitude.

Explication: la direction a dû faire face cette année à la contestation de plusieurs actionnaires minoritaires, et des principaux cabinets de conseil aux actionnaires.

Un fonds spéculatif fait irruption au capital

Tout d'abord, le Qatar, premier actionnaire du groupe avec 13% du capital, avait à nouveau demandé à être représenté au conseil de surveillance, ce qui ne lui a toujours pas été accordé. Mais l'émirat n'est pas allé jusqu'à déposer une résolution en ce sens pour soumettre sa demande au vote des actionnaires. Le fonds souverain, présent au capital depuis 2010, vient d'obtenir des droits de vote doubles, montant ainsi à 16,7% des voix. Dans sa déclaration d'intention, il dit "envisager d'augmenter sa participation".

Parallèlement, le fonds spéculatif américain Amber Capital a fait irruption au capital, ramassant 4,3% des actions. Il a envoyé un huissier surveiller l'assemblée générale, critiqué la rémunération du co-gérant Arnaud Lagardère, et les activités dans le sport et l'audiovisuel, pas assez rentables à son goût...

Enfin, trois cabinets de conseil aux actionnaires, le français Proxinvest, les américains Glass Lewis et Institutional Shareholder Services (ISS), ont appelé à voter contre la rémunération des co-gérants Pierre Leroy et Thierry Funk-Brentano. Cette rémunération n'a été approuvée que par 75,76% des voix, soit bien moins que l'an dernier (91,87%).

Les indemnités de départ contestées

La résolution la plus contestée portait sur les indemnités de départ de l'ancien co-gérant Dominique d'Hinnin. Les actionnaires l'ont approuvée à seulement 71,43%, soit le score le plus bas parmi toutes les résolutions présentées. Proxinvest, Glass Lewis et ISS avaient tous trois appelé à voter contre, pointant plusieurs problèmes.

Le premier: Dominique d'Hinnin a perdu sa fonction de co-gérant début mars 2016, or son contrat a pris fin le 1er octobre 2016. Cette date correspondait à la fin du préavis prévu par la convention collective, indique le rapport annuel de Lagardère. Mais ISS estime qu'il n'aurait dû être payé que sur trois mois, et non sur dix mois. 

Deuxième problème: Dominique d'Hinnin a touché 2,8 millions d'euros d'"indemnités de licenciement légales et conventionnelles", plus 932.000 euros d'"indemnités transactionnelles", afin de "mettre fin à un différend grave" avec lui, indique le rapport annuel. Or les comptes du groupe ont toujours indiqué que les co-gérants n'avaient, en cas de départ, pas droit à la moindre indemnité versée par le groupe. "L'existence d'indemnités de départ n'avait pas été mentionnée précédemment", déplore ISS.

Dernier problème: Dominique d'Hinnin a conservé une retraite chapeau de 571.105 euros par an. "La combinaison d'indemnités de départ et d'une retraite complémentaire n'est pas conforme au code Afep-Medef, et peut être considérée comme une pratique choquante", pointe ISS. 

Au total, Dominique d'Hinnin a perçu 5,6 millions d'euros brut, et a aussi conservé ses actions de performance valant 1,96 million d'euros. Pour ISS, lui verser de tels émoluments est une pratique "choquante", soulevant des objections "sérieuses". Rappelons que Dominique d'Hinnin vient de retrouver du travail comme président d'Eutelsat. 

Pas d'obsession du dividende

Heureusement, la fronde n'a pas touché la rémunération d'Arnaud Lagardère, approuvée à 95,9% des voix (soit autant que l'an dernier), malgré un avis défavorable de Glass Lewis et Proxinvest.

À un petit porteur qui critiquait la structure en commandite du groupe, Arnaud Lagardère (qui contrôle le groupe avec seulement 7,65% du capital) a répondu: "Nous n'avons aucunement l'intention de changer. Nous garderons toujours cette forme d'entreprise, c'est notre ADN. Les investisseurs ont maintenant compris. Cela permet de conserver le contrôle du groupe, mais surtout de résister à la pression du court terme. Cela a ainsi permis de nous sortir de situations délicates, et d'éviter de faire beaucoup de bêtises..."

Enfin, Colette Neuville, présidente de l'Association de défense des actionnaires minoritaires (Adam), a accusé Arnaud Lagardère de maintenir un dividende élevé afin de rembourser sa dette personnelle. Mais le co-gérant Pierre Leroy a répondu: "Le dividende n'est pas l'obsession d'Arnaud Lagardère, qui n'a pas à faire face à des besoins de trésorerie qui pourraient la nourrir..."

Schlesinger confirmé à Europe 1

Arnaud Lagardère a confirmé jeudi l'arrivée de Frédéric Schlesinger à Europe 1. "Il sera le vice-PDG d'Europe 1. Il a signé il y a très peu de temps. Je suis fier et heureux qu'il revienne à la maison. D'autres gens viendront, mais au moment où je vous parle, nous avons Schlesinger et c'est tout".

Le fils de Jean-Luc Lagardère a prévenu: "Cela va mettre beaucoup de temps pour redresser les audiences, mais on va réussir", même si, précise-t-il, "je ne sais pas si cela aurait un sens économique d'être la première radio de France".

Accusé par RTL de débaucher à la concurrence avec de gros chèques, le co-gérant du groupe Lagardère a assuré n'avoir "aucun état d'âme" sur le sujet, ajoutant: "RTL nous a fait le coup du chéquier lorsqu'il ont recruté Laurent Ruquier".

Enfin, Arnaud Lagardère a rendu plusieurs hommages appuyés à son "ami" Denis Olivennes, bien qu'il lui ait retiré la présidence d'Europe 1. Il a notamment déclaré que c'était Denis Olivennes qui avait suggéré de recruter Frédéric Schlesinger.

Jamal Henni