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Comment Europcar veut changer notre regard sur la location automobile

L'agence nouvelle génération inaugurée par Europcar à Bruxelles.

L'agence nouvelle génération inaugurée par Europcar à Bruxelles. - JB

Le leader européen vient d'inaugurer à Bruxelles son agence du futur. Europcar veut en faire un modèle pour son réseau, en particulier dans les grandes métropoles où les solutions alternatives à la voiture individuelle se développent à grande vitesse.

Europcar veut donner un coup de neuf au regard que portent les consommateurs sur la location de voiture. Dans son agence du futur, vous pourrez bien sûr toujours louer le véhicule correspondant à vos besoins et votre budget. Mais vous pourrez également ajouter des options inédites comme le "Segway" (ces drôles de deux roues avec guidon) permettant d'effectuer une balade sans effort une fois votre véhicule de location garé. Vous pourrez aussi vous renseignez sur l'offre d'autopartage de sa start-up filialisée Ubeeqo ou son équivalent dans les scooters électriques. Et cette agence du futur existe en fait déjà. Elle vient d'être inaugurée à Bruxelles par le leader européen de la location de voitures.

Conserver une forme d'agence classique

Europcar veut en effet faire de cette agence pilote installée dans la capitale belge le modèle à suivre pour moderniser son réseau, notamment dans les grands centres urbains. En France, le renouvellement devrait démarrer en 2018, après les premiers retours d'expérience de l'agence bruxelloise. "Nous voulons passer d'une activité de loueurs de voitures pour des besoins occasionnels à celle de fournisseur de solutions de mobilité au quotidien", résume Caroline Parot, présidente du directoire du groupe Europcar.

L'agence de location adopte ainsi un design beaucoup plus moderne, avec des tablettes tactiles permettant d'obtenir des renseignements ou d'être dirigé vers un guichet, avec un vrai humain derrière. Rien de bien moderne me direz-vous... mais c'est voulu. "Une partie des clients a encore besoin d'une agence traditionnelle, souligne Caroline Parot. Si nous développons considérablement notre offre et les possibilités de réservation en ligne, la part des appels téléphoniques à nos centres dédiés reste stable depuis plusieurs années, suivant la hausse de notre chiffre d'affaires." Là où les jeunes générations sont prêtes au tout-numérique, leurs parents et grands-parents ne semblent donc pas encore prêts à prendre un tel virage.

Une borne d'informations permet de consulter les différents modèles proposés, les tarifs, ou encore les règles de conduite à respecter dans le pays où se trouve l'agence.
Une borne d'informations permet de consulter les différents modèles proposés, les tarifs, ou encore les règles de conduite à respecter dans le pays où se trouve l'agence. © JB

S'adapter aux nouvelles formes de mobilité

Mais bien conscient que les jeunes générations représentent l'avenir de sa clientèle, Europcar n'a pas tardé à amorcer sa mutation. il y a quelques années, le groupe notamment lancé un "lab" d'innovation dont cette agence nouvelle génération est d'ailleurs l'un des premiers bébés. Au-delà de cette agence au look rajeuni, Europcar veut surtout s'adapter à une tendance montante dans les grandes villes: être propriétaire de sa voiture n'est plus un but en soi, loin s'en faut.

"Nous avons identifié cinq tendances fortes: une jeune génération très connectée, une montée du trafic urbain associée à des politiques visant à réduire la circulation, l'augmentation de la pollution, la prise de conscience des consommateurs des nouvelles formes de mobilité et, à plus long terme, l'arrivée des véhicules autonomes", liste Fabrizio Ruggiero, directeur général ventes, marketing, clients & InterRent du groupe Europcar.

Pour répondre à ces différentes problématiques, Europcar a pris des participations dans des acteurs innovants, comme Ubeeqo. Spécialisée à l'origine dans l'autopartage pour entreprises, la start-up dispose aujourd'hui d'un parc de véhicules déverrouillables via une application sur smartphone et à disposition de ses utilisateurs dans de grandes métropoles européennes comme Bruxelles, Paris, Londres, Milan ou encore Madrid.

"On peut faire tout ce que l'on veut mais on ne pourra pas guère réduire l'utilisation de la voiture comme moyen de transport, explique Benoît Chatelier fondateur d'Ubeeqo. Si aujourd'hui 60% des Parisiens et 70% des Londoniens ne possèdent pas de voiture, la part modale de la voiture (le nombre de fois où une voiture est utilisée sur la totalité des trajets) reste à 70%!"

Les véhicules en autopartage d'Ubeeqo peuvent se déverrouiller directement via l'application. A l'intérieur de la boîte à gants, un boîtier électronique permet de récupérer la clé de contact.
Les véhicules en autopartage d'Ubeeqo peuvent se déverrouiller directement via l'application. A l'intérieur de la boîte à gants, un boîtier électronique permet de récupérer la clé de contact. © JB

Et la plate-forme d'Ubeeqo ne permet pas uniquement d'emprunter un véhicule. Sur la même application, il est aussi possible de commander un taxi ou un VTC ou encore de réserver un véhicule en location... la boucle avec Europcar est bouclée. Pour Benoît Chatelier c'est simple, "le réflexe automobile des 30 dernières années est en train d'être dépassé par le réflexe multimodal". Europcar lui permet en outre de bénéficier d'économies d'échelle pour augmenter sa propre flotte. Forcément, c'est tout de suite plus simple quand on s'associe à un groupe qui achète des dizaines de milliers de véhicules chaque année!

Ne pas craindre les nouveaux acteurs du numérique

Le loueur de voitures en mutation s'est également associé avec Scooty, une jeune pousse belge qui propose des scooters électriques en autopartage, toujours via une application. Et pour ceux qui veulent partir avec un Segway dans le coffre de leur voiture de location, Europcar peut compter sur son partenaire Ninebot. Une logique d'acquisitions et de participations qui permet à une entreprise de l'ancien monde de regarder le nouveau avec confiance.

"Il faut arrêter de penser que le digital va tout détruire", martèle la patronne d'Europcar, citant l'exemple des taxis G7 qui, pour elle, ont su réagir après l'arrivée d'Uber avec une application performante et un comportement des chauffeurs en nette amélioration. Son conseil aux autres entreprises qui se sentiraient menacées par les nouveaux acteurs: redéfinir ses points forts et investir massivement pour se moderniser intelligemment. 

Scooter électrique en autopartage avec la start-up belge Scooty et les Segway de Ninebot, des moyens pour Europcar de se diversifier.
Scooter électrique en autopartage avec la start-up belge Scooty et les Segway de Ninebot, des moyens pour Europcar de se diversifier. © JB
Julien Bonnet