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Subprime automobile: le nouveau dérapage de la finance américaine

L'inquiétude grandit autour d'une éventuelle bulle automobile.

L'inquiétude grandit autour d'une éventuelle bulle automobile. - Mark Ralston - AFP

Dix ans après le douloureux éclatement de la bulle immobilière aux États-Unis, l'inquiétude grandit concernant les crédits accordés aux automobilistes.

Malgré le traumatisme, l’histoire est peut-être en train de se répéter. Aux États-Unis, de plus en plus de crédits sont en effet accordés à des individus non solvables, puis regroupés dans des produits financiers complexes. Le principe même des subprime, qui ont précipité la finance mondiale dans la fameuse crise de 2007.

A l’époque, ce genre de pratique concernait essentiellement les prêts immobiliers. Dix ans plus tard, les emprunts permettant d’acheter des automobiles sont peut-être en train de suivre le même chemin. Leur multiplication (ils sont passés de 2,5 milliards de dollars en 2009 contre 26 milliards en 2016 selon Wells Fargo ) inquiète.

A l’heure actuelle, plus de 100 millions d’Américains ont contracté un crédit auto, et six millions éprouveraient de grosses difficultés à le rembourser, note le journal suisse Le Temps.

Le parallèle entre ces chiffres et la reprise du secteur automobile, qui profite de l’endettement des ménages, apparaît évident. Mais gare à l’apparition d’une bulle, alors que le taux de défaut sur les crédits auto est désormais identique à celui des crédits hypothécaires… de 2007. Et que l’industrie automobile est un pilier majeur de l’économie américaine.

Les établissements financiers, eux, semblent appliquer la même recette qu’il y a dix ans: accorder des prêts à risque en appliquant de forts taux d’intérêt (jusqu’à 20%), puis les dissimuler dans des produits financiers obscurs, titrisés puis revendus par la suite à d’autres établissements ou fonds.

Des raisons d'espérer

Pour autant, la situation n’est pas encore tout à fait alarmante. D’une part, les créances toxiques ne représenteraient qu’un peu plus de 50 milliards de dollars, contre 450 milliards lors du déclenchement de la crise.

D’autre part, le risque d'entrer dans un cercle vicieux est bien plus limité. Les saisies immobilières avaient provoqué une chute des prix de l’immobilier, et les banques qui se remboursaient sur la vente des biens étaient impactées. Or il apparaît peu probable que l’effet soit identique en ce qui concerne les automobiles: "Ce n’est pas parce que la voiture de votre voisin a été saisie que la vôtre perdra de la valeur", résume ainsi un analyste financier dans Le Temps.

En revanche, une éventuelle accumulation des saisies renforcerait le marché des voitures d’occasion au détriment du neuf. Et fragiliserait ainsi l’industrie automobile et son million d’emplois.

Yann Duvert