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Qui veut la peau de Deutsche Bank?

Le patron de la Deutsche Bank, John Cryan, a écrit une lettre a ses salariés, pour tenter de rassurer sur l'état de santé de sa banque. Convaincra-t-il les marchés?

Le patron de la Deutsche Bank, John Cryan, a écrit une lettre a ses salariés, pour tenter de rassurer sur l'état de santé de sa banque. Convaincra-t-il les marchés? - Daniel Roland - AFP

La crise de confiance entourant la plus grande banque d’Allemagne est en train de prendre une tournure critique. Les grands fonds spéculatifs mondiaux retirent leurs capitaux pour éviter d’être exposé à une crise qui s’envenime à grande vitesse.

Deustche Bank a touché de nouveau plus bas historique ce vendredi matin en Bourse sous les 10 euros... Une descente aux enfers boursière d'autant plus inquiétante qu'elle porte sur des volumes énormes et va de pair avec des assurances-défaut (CDS) de plus en plus chères… La plus grande banque d'Allemagne est désormais clairement entrée dans la phase deux d’une crise de confiance d’ampleur.

Depuis le début de la semaine, Deutsche Bank est secouée par d’énormes mouvements de capitaux. Elle a perdu quasiment 60% de sa capitalisation depuis début janvier. Et elle a beau essayé de rassurer, cela ne marche pas. Au contraire. Le marché ne peut s’empêcher de faire le parallèle avec les débuts de la crise qui a emporté Lehman Brothers en 2008.

Equation impossible?

L’équation semble identique: comment Deutsche Bank va-t-elle parvenir à faire face à une amende de plusieurs milliards de dollars aux Etats Unis, tout en poursuivant ses activités normalement, le tout avec des finances dégradées et une activité en berne, dans un environnement de taux bas, voire négatifs?

Une équation difficile à résoudre sans passer par la case d’une augmentation de capital, qui dans les conditions actuelles risque de pulvériser des actionnaires déjà rincés. L’hypothèse d’une aide d’État, même démentie en haut lieu, paraît très probable pour nombre d’investisseurs, même si la mise en place d’un tel dispositif risque de causer sans doute des problèmes d’ordre politique, tant au niveau national qu'européen.

Les hedge funds quittent le navire

L’affaire s’envenime depuis hier soir, alors que Bloomberg et le Wall Street Journal ont révélé qu’une grande quantité de hedge funds sont en train de retirer leurs capitaux de la banque et de vendre des actions sur un rythme soutenu. Ils souhaitent visiblement réduire leur exposition, craignant notamment de perdre des sommes astronomiques à cause des produits dérivés, qui reste un des points noirs du bilan de Deutsche Bank.

La banque a d’ailleurs une exposition écrasante à ce genre de produits, représentant jusqu’à 80% des encours mondiaux. Les grands investisseurs craignent donc un risque de contagion généralisée, tant elle constitue le maillon central de ce marché qui représente, à 1,2 million de milliards de dollars, dix fois le PIB mondial. Deutsche Bank représente à elle seule 8% du marché mondial des changes, et leader du courtage d’options sur les monnaies.

Opération déminage

Si la désaffection de fonds spéculatifs se poursuit et s’amplifie, la crise pourrait donc prendre un tour systémique, et précipiter la recherche de solutions rapides, comme la levée de fonds ou un dispositif d’aide. Sans compter le risque d’une panne de liquidité, qui paralyserait un maillon essentiel du système de financement mondial.

La direction de Deutsche Bank s’est donc lancée dans une opération déminage. Le patron John Cryan, dans une lettre à ses salariés, assure que la banque dispose de "fondation solides", avec des milliards de dollars d’actifs liquides. Mais il estime que "des forces sont à l’œuvre pour saper la confiance vis-à-vis de notre établissement. Il convient de faire en sorte que cette vision déformée de la banque ne perturbe pas nos activités au quotidien", insiste-t-il.

Tâche difficile

Et concernant plus particulièrement l’Epée de Damoclès qui pend au-dessus de sa banque, John Cryan estime que "l’incertitude autour de l’amende aux États-Unis n’est pas une raison valable pour pénaliser le cours de bourse, si l’on examine les règlements passés entre les autorités américaines et d’autres banques dans des dossiers similaires". BNP Paribas par exemple, en mai dernier, avait écopé d'une amende record, sans pour autant être acculée a des mesures exceptionnelles.

L’opération réussira-t-elle? Alors que le marché a tôt fait de transformer ces déclarations en aveu de faiblesse, et reste obsédé par le spectre de Lehman, la tâche s’annonce extrêmement difficile. Car les observateurs désormais n’auront d’yeux que pour les chiffres d’activité et de liquidité pour voir si la banque arrive toujours à régler ses opérations au quotidien.

Au moindre signe de blocage, on entrera en phase 3, à savoir la nécessité absolue de liquider des actifs en catastrophe, de lever des capitaux… Ou de se tourner vers le gouvernement allemand pour un éventuel plan d’aide, que ce dernier sera contraint d'accorder, sous peine de déclencher une crise encore bien plus grave.

Antoine Larigaudrie