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Les banques vont-elles verser de gros bonus en 2014?

Le sujet des bonus reste tabou en 2014.

Le sujet des bonus reste tabou en 2014. - -

Les rémunérations variables des traders reviennent dans l'actualité en cette saison des résultats des banques. Les nouvelles réglementations européennes ont-elles réellement un impact sur le niveau des bonus et des primes?

Dans les salles de marché, les bonus restent un sujet tabou. Aucun trader n'a accepté de témoigner. Pourtant, s'il l'on en croit les banques françaises, l'heure des excès est révolue. Cette année, promet le patron de Société Générale Frédéric Oudéa, il n'y aura pas d'augmentation, et même un léger repli.

"L'enveloppe de bonus va légèrement diminuer pour la banque d'investissement et financement, c'est la traduction d'une politique raisonnable. Bien sûr, nous rémunérons nos talents, nous sommes dans une compétition mondiale. Mais nous tenons également compte de la rentabilité de l'activité pour nos actionnaires. Je crois que l'équilibre est bon aujourd'hui."

Officiellement, les banques françaises respectent donc la nouvelle réglementation européenne à la lettre: plus de bonus garantis au moment des embauches, rémunérations étalées dans le temps pour s'assurer que les performances sont bien au rendez-vous. Et l'an prochain, les primes et les bonus ne pourront dépasser le salaire, le fixe.

Une rémunération doublée outre-Manche

Mais certains experts du secteur, comme Juliette Méadel, secrétaire à l'industrie au Parti socialiste, restent plus que sceptiques. "L'année dernière, Frédéric Oudéa a augmenté la part variable de sa rémunération de plus de 75%. Et les bonus distribués par SocGen l'année dernière s'élève à un demi-milliard d'euros", rappelle-t-elle.

"Cette année, les banques anglo-saxonnes, notamment la britannique Barclays, vont augmenter les leurs. Je ne vois donc pas comment les banques françaises échapperont à la règle", s'interroge-t-elle.

Outre-Manche en effet, les banques s'organisent pour contourner la réglementation, avec des bonus qui ne disent pas leur nom. Du coup, les traders sont nettement mieux payés à la City, selon un chasseur de tête qui souhaite conserver l'anonymat.

"La place britannique semble bénéficier du plus de liberté vis-à-vis de ces nouvelles règles. Les bonus sont plus élevés à Londres pour les très bon performers. Un Français qu'on transfère à La City peut gagner deux fois plus en traversant la manche", souligne-t-il.

Il faut dire que "les deux tiers des activités de marchés européennes sont basées à Londres, le lobby y est puissant", indique-t-il. C'est le jeu, continue-t-il. Faute de quoi, "les meilleurs talents partiront à Singapour, Hong-Kong, Dubaï ou New-York".

Caroline Morisseau et Alexandra Paget