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Le rival européen de Visa et MasterCard sera lancé d'ici 2022

Seize banques européennes ont annoncé jeudi le lancement d'une nouvelle solution de paiement paneuropéenne unifiée, basée sur la technologie des transactions instantanées. Le projet sera lancé en 2022 et pourrait atteindre un régime de croisière en 2025.

L'hégémonie de Visa et Mastercard dans l'univers du paiement vit-elle ses dernières années? L'Europe est en tout cas sur le point de lancer sa propre plate-forme de paiement par carte et entend bien proposer une alternative de poids aux solutions américaines, un peu à l'image de Galileo qui cherche à tailler des croupières au GPS américain dans la géolocalisation.

Seize banques européennes ont en effet annoncé jeudi le lancement du projet d'ici 2022 d'une nouvelle solution de paiement paneuropéenne unifiée, baptisée EPI, basée sur la technologie des transactions instantanées, en vue notamment d'offrir une alternative aux géants du secteur tels que Visa et Mastercard. Il pourrait atteindre son régime de croisière en 2025, selon Philippe Marquetty, directeur des paiements à la Société Générale interrogé par BFM Business.

Souveraineté et fragmentation

"La solution vise à devenir un nouveau standard de paiement pour les consommateurs et les commerçants européens pour tous les types de transactions, y compris en magasin, en ligne, pour les retraits d'espèces et le P2P (transactions entre particuliers, NDLR) en plus des solutions des schémas de paiement internationaux", écrivent dans un communiqué ces banques, parmi lesquelles figurent les six principaux établissements français tout comme Deutsche Bank, Commerzbank en Allemagne ou encore Santander en Espagne.

"L’objectif d’EPI est de proposer une solution de paiement digitale utilisable partout en Europe et ainsi redessiner le paysage fragmenté actuel. Ce faisant, les fondateurs d’EPI répondent aux attentes des commerçants et des consommateurs pour une approche plus paneuropéenne des paiements" peut-on encore lire.

Convaincre les consommateurs

Concrètement, le début de la phase de mise en œuvre débutera dans les prochaines semaines grâce à la création d'une société intérimaire à Bruxelles, "qui définira des livrables clairs, notamment la finalisation de la feuille de route technique et opérationnelle et le lancement des travaux de mise en œuvre pour parvenir à la meilleure expérience utilisateur possible. Les réalisations de cette société intérimaire seront évaluées par chaque banque avant de souscrire à la structure d’entreprise finale d’EPI".

Cette offensive européenne répond également clairement à un objectif de souveraineté technologique et bancaire. A l'origine de cette initiative, des "injonctions positives, courant 2017, venues de la Banque centrale européenne (BCE) qui, inquiète de la souveraineté des paiements, a expliqué qu'elle verrait d'un bon œil que l'on se saisisse du sujet", confiait à l'AFP sous couvert d'anonymat une source bancaire française proche du dossier.

Outre le très important investissement que nécessitera ce nouveau standard, le défi sera également de convaincre les consommateurs de changer leurs habitudes. Visa et Mastercard sont des marques très ancrées dans les esprits et les banques (tout comme l'Europe) devront communiquer finement pour évangéliser.

Olivier Chicheportiche avec AFP