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Le paiement par carte explose mais l'argent liquide est loin d'être mort

Les plus accros à la carte bancaire dans le monde restent les Finlandais

Les plus accros à la carte bancaire dans le monde restent les Finlandais - Alain Jocard - AFP

Le paiement dématérialisé (par carte ou chèque) a progressé de 9% pour atteindre les 390 milliards d'actes d'achat en 2014. L'argent liquide va-t-il disparaître pour autant? Non et pour plusieurs raisons.

L'argent n'a pas d'odeur mais a semble-t-il aussi de moins en moins de consistance. C'est ce qui ressort de l'étude annuelle sur les moyens de paiement réalisée par Capgemini et Royal Bank of Scotland. En effet, le paiement dématérialisé (essentiellement par carte ou par chèque) a fortement progressé en 2014 pour atteindre les 390 milliards d'achats dans le monde. 

Une croissance qui s'explique par l'engouement de la Russie et des pays asiatiques pour ces modes de paiement. Ainsi, entre 2012 et 2013, le paiement par carte ou par chèque a bondi de 37% en Chine, de 33% en Russie et même de 11% en Corée. 

Les plus accros à la carte bancaire dans le monde restent les Finlandais. Ils ont ainsi réalisé en 2013 quelque 450 paiements hors-cash par personne (soit 1,2 par jour en moyenne). Cela s'explique par des innovations dans le système de paiement, une économie forte et d'importantes dépenses privées, peut-on lire dans le rapport. Surtout ses hivers froids encouragent également l'utilisation de l'e-commerce. La Finlande dépasse ainsi les Etats-Unis (390 paiements hors-cash) et les Pays-Bas (330).

Les Français paient 270 fois par an par carte

Et la France dans tout ça? Elle se situe au 12ème rang mondial avec 270 paiements effectués sur la période par carte ou par chèque, soit 5 fois par semaine en moyenne. Essentiellement par carte d'ailleurs puisque le chèque tend a disparaître. Il n'a représenté que 13,7% des paiements hors-cash effectués en 2013 alors qu'il était encore à 50% il y a 10 ans (et 70% en 1984...).

Mais si les heures du chèque sont comptées, c'est une certitude, qu'en est-il de l'argent liquide? Les générations futures découvriront-elles les pièces et les billets dans les musées? On serait tenté de le penser. L'année 2015 devrait en effet être celle de la bascule en France. C'est cette année en effet que les paiements par carte qui représentaient 49,5% des transactions en 2014 vont dépasser ceux en espèce. Une évolution qui accompagne notamment la montée en puissance du e-commerce qui devrait représenter 62,5 milliards d'euros en France selon la Fevad. A cela s'ajoute la multiplication des moyens de paiement dématérialisé comme le paiement sans contact par carte ou par smartphone dont les volumes ont atteint les 20 millions d'actes en juillet dernier (+271% vs juillet 2014). 

On peut payer ses impôts en liquide

Si le cash tend à se réduire, le condamner d'avance serait aller un peu vite en besogne. Il y a d'abord les contraintes réglementaires. Les commerçants, explique la Banque de France, sont tenus d'accepter les paiements en espèce et ce pour des transactions inférieures à 1.000 euros (pour le versement des salaires cette limite est à 1.500 euros). Le Trésor Public, et c'est moins connu, accepte aussi les versements en espèce mais pour des montants strictement inférieurs à 300 euros.

Mais ces contraintes réglementaires pourraient être levées si l'usage tendait à disparaître. Aux Pays-Bas par exemple, la majorité des supermarchés n'acceptent pas les espèces, et c'est tout à fait légal. En Norvège et en Israël, la question de la disparition de l'argent liquide est débattue devant les plus hautes instances de l'Etat. Une association norvégienne d'établissements bancaires souhaite ainsi voir le liquide disparaître d'ici à 2020.

Car pour les banques, les espèces sont surtout une contrainte. "Elles ont intérêt à faire diminuer le poids des espèces car ça leur coûte cher (de l'ordre de 2,6 milliards d'euros par an) et ne leur rapporte rien, explique Philippe Herlin, économiste spécialiste des moyens de paiement. Alors que le dématérialisé ne leur coûte pas grand chose et leur rapporte beaucoup." D'autant que les banques se sont lancées dans un processus de fermetures d'agences et donc potentiellement de distributeurs. Néanmoins, elles seules ne pourront pas imposer aux gens de ne plus utiliser leur argent liquide.

Car en fait, les espèces ont des avantages incomparables. Et aujourd'hui, il n'y a tout simplement aucun système de paiement alternatif qui est aussi pratique, fiable et anonyme. Le Bitcoin est certes anonyme mais complexe et peu stable (sa valeur fluctue fortement). La carte de crédit et les sites de paiement type Paypal sont fiables mais traçables. "Or c'est une contrainte pour la liberté individuelle, estime Philippe Herlin. Et cela signerait la disparition du travail au noir, ce qui n'est pas près d'arriver." Aucune technologie n'offrirait donc autant de facilité que l'argent liquide, inventé il y a 2.700 ans en Asie Mineure!

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Mais il y a aussi des raisons macro-économiques au maintien de l'argent liquide. Dans le cas du dollar américain par exemple, le billet vert en tant que tel a une valeur qui dépasse les frontières des Etats-Unis. Les deux tiers de ces avoirs sont détenus à l'étranger. Les institutions et les gens stockent en effet des liquidités pour les situations d'urgence afin de maintenir un filet de sécurité. Le billet joue donc le rôle de matelas. Ce que ne font pas les cartes de crédit. "Le cash va inexorablement diminuer mais l'éradication totale me parait difficile, explique Philippe Herlin. Ça voudrait dire changer de modèle de société et on n'y est pas encore." Et ce n'est pas Leonardo Di Caprio dans le Loup de Wall Street qui le contredira...

Frédéric Bianchi