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L'ex-patron de Deutsche Bank va payer cher de malheureux propos

Rolf Breuer avait accordé une mini-interview à la chaîne de télévision Bloomberg.

Rolf Breuer avait accordé une mini-interview à la chaîne de télévision Bloomberg. - Christof Stache - AFP

"Rolf Breuer avait émis des doutes, lors d'une interview en 2002, sur la solvabilité de l'empire Kirch. Deux mois plus tard, le groupe déposait le bilan."

Rolf Breuer va dorénavant s'en tenir à une règle de base: le silence est d'or. L'ex-patron de Deutsche Bank va payer à son ancien employeur 3,2 millions d'euros de dédommagement pour une interview télévisée supposée avoir précipité la faillite retentissante du groupe Kirch. Il s'agit de sa "contribution personnelle" aux 925 millions d'euros que Deutsche Bank a consenti à verser en 2014 aux ayant-droits du magnat des médias Leo Kirch, au terme d'une bataille juridique acharnée.

Objet du litige, une mini-interview accordée par Rolf Breuer en 2002 à la chaîne de télévision Bloomberg, dans laquelle il émet des doutes sur la solvabilité de l'empire Kirch. Ces propos font l'effet d'une bombe: la panique s'empare des investisseurs et KirchMedia dépose le bilan deux mois plus tard. Leo Kirch s'en prend alors à la banque, qu'il accuse d'avoir violé le secret professionnel pour précipiter sa chute et profiter de l'occasion.

Dépeçage du groupe

Deutsche Bank, créancier de Kirch, a en effet beaucoup gagné en accompagnant le dépeçage du groupe comme banque conseil, touchant des commissions lorsque Kirch a dû céder ses actifs (le groupe de télévision ProSiebenSat.1, la chaîne de télévision Premiere, les parts dans l'éditeur Axel Springer...). Rolf Breuer s'est toujours défendu en affirmant n'avoir fait que rapporter ce qu'il avait lu dans les médias.

Si Deutsche Bank s'est mis d'accord avec son ex-chef, le feuilleton n'est pas clos pour autant puisque cinq dirigeants et ex-dirigeants, dont Rolf Breuer, comparaissent depuis avril 2015 pour faux témoignage lors de l'un des procès dans cette affaire.

Deutsche Bank est impliquée dans quelque 6.000 litiges juridiques, l'affaire Kirch étant l'un des plus retentissants. Son nouveau patron, le Britannique John Cryan, veut lui faire faire peau neuve et en résoudre le plus possible.

D. L. avec AFP