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Deutsche Bank va supprimer 18 000 emplois d'ici 2022

Le siège de Deutsche Bank à Francfort.

Le siège de Deutsche Bank à Francfort. - AFP

La banque allemande, en grande difficulté, va se séparer d'1/5ème de ses effectifs pour tenter de retrouver la rentabilité.

C'était dans l'air depuis une semaine… Dimanche soir, Deutsche Bank a annoncé la suppression de 18 000 emplois d'ici 2022. Une nécessité, affirme la banque allemande, qui espère réduire ses coûts de 6 milliards d'euros et retrouver la rentabilité. "La restructuration va entraîner une réduction du nombre de postes équivalents temps plein de 18 000 d'ici 2022, pour ramener les effectifs à environ 74 000 personnes" souligne Deutsche Bank dans un communiqué. C'est du jamais-vu dans l'histoire de la banque qui fait face à une situation critique. L’an dernier Deutsche Bank avait déjà supprimé 6.000 postes.

Ce vaste plan de restructuration enfonce un peu plus Deutsche Bank dans les tourments avec des charges de 3 milliards d'euros et une lourde perte nette de 2,8 milliards d'euros au deuxième trimestre de l'exercice.

Après trois années de perte, le groupe avait retrouvé une faible rentabilité en 2018 sans pour autant véritablement sortir la tête de l'eau. Ce plan ressemble désormais à un plan de la dernière chance pour ce "navire fantôme", de plus en plus sous la menace d'une OPA d'un concurrent. En 5 ans, le cours a perdu 70% de sa valeur. L'entreprise valait un peu moins de 15 milliards d’euros vendredi.

Vers la fin de la banque d'investissement

Un temps, ce fleuron allemand imaginait une fusion avec l'autre grand malade du secteur bancaire allemand, Commerzbank. Cette opération complexe avait finalement été abandonnée courant avril. "Rapprocher deux « canards boiteux » n’a jamais donné naissance à un champion de course. Une fusion n’apporterait aucune solution, car on fusionne deux banques en mauvaise santé" témoignait, pour BFM Business, François Chaulet, directeur général de Montségur Finance.

Concrètement, la banque d'investissement de Deutsche Bank va être sacrifiée, affaiblie par une série de litiges et scandales. Le patron de la branche a été démis de ses fonctions vendredi tandis qu'un accord avec BNP Paribas pour lui transférer des activités et du personnel dans ce domaine est en discussion.

Courant juin, Deutsche Bank avait déjà annoncé la création d'une "bad bank", une structure ayant pour ambition de diminuer les dettes qui figurent sur les bilans des banques et de permettre à ces dernières de les assainir en déplaçant leurs pertes. En clair, 74 milliards d’actifs jugés risqués, en particulier des dérivés d’échéance longue, produits financiers très spéculatifs y seront placés.

La faiblesse du système bancaire allemand

Par François Chaulet, directeur général de Montségur Finance

"L’Allemagne a besoin d’un secteur bancaire en bonne santé et rassurant pour proposer du crédit dans de bonnes conditions aux acteurs économiques. Les banques allemandes sont aujourd’hui dans une situation difficile. Elles ne se sont toujours pas remises de la crise financière, car elles ont commis toutes les erreurs, cumulé tous les produits toxiques qui ont conduit à cette crise.

Par ailleurs, en Allemagne, les banques sont étroitement liées aux régions et aux tissus économiques locaux. Elles ont accompagné ces entreprises dans les phases de crises, quitte à prendre des risques inconsidérés."

La rédaction avec l'AFP