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Banque: un milieu professionnel qui favorise la tricherie?

Les banquiers ont attiré l'attention avec de nombreux scandales qui ont éclaboussé le secteur financier

Les banquiers ont attiré l'attention avec de nombreux scandales qui ont éclaboussé le secteur financier - Jewel Samad - AFP

Des scientifiques se sont penchés, dans une étude publiée mercredi 19 novembre dans la revue Nature, sur le comportement des employés de l'industrie financière. Résultat: les banquiers auraient tendance à tricher, mais seulement lorsque leur travail est évoqué.

Manipulation des taux d'intérêts, des devises, des prix de l'énergie incitations à la fraude fiscal, viols d'embargo… Longue est la liste des scandales qui ont éclaboussé le secteur financier.

Dans de telle condition, le cliché du banquier malhonnête risque d'avoir la peau dure. Mais à leur décharge, aucune étude scientifique n'a démontré que les employés de banque ne trichent plus que d'autres.

Seulement dans le cadre du travail

Du moins jusqu'à présent. Trois chercheurs en sciences sociales, Alain Cohn, Michel Maréchal et Ernst Fehr ont ainsi étudié leurs comportements dans une étude publiée jeudi 19 novembre dans la revue Nature.

"Les commentateurs contemporains ont attribués les scandales du secteur financier à la culture de ce secteur mais aucune évidence scientifique ne soutient cette théorie", rappellent les trois auteurs dans l'introduction de leurs travaux.

L'étude, elle, conclut en quelque sorte par un "Oui, mais". En résumé, si on n'évoque pas la carrière ou la situation professionnelle des banquiers devant eux, ils ne sont pas plus malhonnêtes que la moyenne. Mais quand leur travail entre en compte, les choses se corsent.

Une expérience à base de pile ou face

Pour arriver à cette conclusion, les chercheurs ont procédé à une expérimentation. 200 personnes travaillant dans la banque ont été invité à y participer. 128 appartenaient à une grande banque internationale et 80 à d'autres établissements financiers. Les noms n'ont pas été divulgués par les chercheurs.

Tous ont dû tirer une pièce à pile ou face 10 fois puis communiquer en ligne les résultats. Pour chaque tirage, ils pouvaient gagner environ 20 dollars (16 euros), selon que la pièce tombait sur pile ou sur face. Ils étaient informés à chaque fois du côté "gagnant", ce qui leur donnait une incitation à tricher.

"Une mise en condition"

Avant de procéder aux lancers, les auteurs de l'étude ont créé deux groupes auxquels ils ont posé des questions de manière à "mettre en condition" leurs banquiers.

Un premier groupe a été interrogé sur sa vie professionnelle. Exemples parmi les sept questions posées: Dans quelle banque travaillez-vous?", "Quelle est votre fonction dans cette banque?". Pour le second groupe, appelé "groupe contrôle", les questions n'avaient aucun rapport avec le travail. Par exemple: "Pendant combien d'heures regardez-vous la télévision par jour?".

Une méthode solide

Ce deuxième groupe a fait état d'un tirage gagnant dans 51,6% des cas, soit un taux proche de résultat normalement attendu quand on tire à pile ou face. Mais, pour le premier groupe, ce chiffre a grimpé à 58,2%. "Une proportion significative d'employés du secteur bancaire a eu un comportement malhonnête quand on lui a rappelé sa profession", déduit ainsi Michel Maréchal, l'un des auteurs de l'étude. 

Les chercheurs ont ensuite reproduit l'expérience avec des employés d'autres branches professionnelles. Mais ils n'ont pas retrouvé cette différence.

Marie-Claire Villeval, du CNRS (Lyon), qui signe un éditorial sur cette expérience dans Nature, a expliqué à l'AFP que la méthode d'économie comportementale employée "est tout à fait robuste, validée par des prix Nobel". Selon la chercheuse, les résultats traduisent sans doute un relâchement de l'éthique dans la culture d'entreprise du secteur financier, "au profit de valeurs matérialistes".

J.M. avec AFP