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Égalité salariale: qui pourra s'arrêter de travailler ce 7 novembre à 16h34?

Pour protester contre les inégalités de salaires entre les hommes et les femmes, le collectif les Glorieuses a lancé un appel à la mobilisation pour ce lundi. Des rassemblements sont prévus dans toute la France. Mais attention, on ne quitte pas son bureau sans en informer son employeur.

À partir de ce lundi, 16h34, mesdames vous travaillez bénévolement. Avec une rémunération en moyenne inférieure de 15% à celle des hommes, à partir de cet instant, les femmes travaillent sans être payées jusqu'à la fin de l'année, selon les calculs des Glorieuses. Pour marquer le coup, le collectif a lancé, via sa newsletter, un appel à se mobiliser en cessant le travail, comme l'ont fait les Islandaises le 24 octobre dernier.

"Nous avons 25.000 abonnés, et c'est le numéro le plus lu et le plus partagé depuis sa création", s'enthousiasme Alix Heuer, l'une des créatrices des Glorieuses. L'accueil reçu par leur appel les a surprises. "On voit que les citoyens sont passionnés par la question des inégalités, nous avons des hommes et des syndicats qui sont venus vers nous pour nous soutenir et pour mener des actions conjointes", explique Alix Heuer.

Attention, Les Glorieuses ne lancent pas un appel à la grève, un droit que seuls ont les syndicats. Elles appellent à rejoindre l'une des manifestations organisées à travers toute la France (Paris, Lyon, Valence, Toulouse, Caen, Blois…). Plus de 4.400 personnes ont indiqué se mobiliser sur la page Facebook dédiée à l'événement.

Mais comment quitter le bureau à 16h34 sans s'attirer les foudres de son patron? Il faut prendre soin de déclarer son absence auprès de son employeur en lui expliquant le motif du départ. Cependant, "la grève est un droit individuel qui s’exerce collectivement", explique Eric Rocheblave, avocat spécialisé en droit du travail, à 20 minutes. Ce qui signifie que vous devrez convaincre un ou une autre collègue de suivre le mouvement avec vous. De plus, pour exercer votre droit de grève, vous devez soit être directement concerné par les problématiques d'inégalité salariale, soit indirectement parce que ces inégalités existent dans votre entreprise.

Un mouvement soutenu par le ministère du Droit des femmes

Rien n'est simple donc. "J'ai conscience que ceux qui pourront quitter le travail à 16h34 ne sont pas les plus touchés par les inégalités salariales et par la précarité de l'emploi. À cette heure-là, il y a beaucoup de femmes qui, faute de pouvoir payer une garde d'enfants, devront aller les chercher ou ne pourront pas quitter leur poste", reconnaît Alix Heuer, qui étant en free-lance, sera naturellement au rendez-vous.

Les employés du ministère du Droit des femmes sont chanceuses. Leur ministre, Laurence Rossignol, leur donne carte blanche. "Je ne peux m'appliquer à moi-même cet événement, mais si dans mon ministère, des femmes souhaitaient y prendre part, je ne m'y opposerais pas" a-t-elle déclaré au Huffington Post. "Quand les femmes se manifestent, qu'elles rendent visible ce qui est invisible, quand elles disent leur indignation et suscitent une indignation collective encore plus grande, je les soutiens", a ajouté la ministre.

L'appel est aussi bien reçu du côté des femmes qui dirigent des entreprises. "Il faut absolument des actions communes sur ces sujets. "Il faut absolument des actions communes sur ce sujet (des inégalités de salaire, NDLR). On sait qu'il y a des écarts énormes, qui ne cessent de croître, notamment sur les femmes retraités où il y a des écarts de 20% à 40 % de pouvoir d'achat", dénonce Mary-Laure Sauty de Chalon, PDG du groupe Aufeminin.

Pour les Glorieuses, ce lundi 7 novembre n'est qu'un premier rendez-vous. Elles comptent bien relancer le mouvement pour le 8 mars, journée de la femme, et aussi lancer une autre édition pour le 7 novembre 2017. En espérant que, du fait des réductions des inégalités, l'heure fixée pour cesser le travail soit de plus en plus tardive.

Coralie Cathelinais