BFM Business

Cette entreprise est passée à la journée de 5 heures avec des résultats inattendus

Cette entreprise australienne de conseils financiers a mis en place en 2015 un emploi du temps allégé et flexible pour ses salariés. Si certains employés ont préféré quitter l'entreprise, la productivité a globalement été améliorée.

Faut-il réduire le temps de travail pour augmenter la productivité? Si cette question divise les économistes, à l'échelle d'une entreprise cela semble porter ses fruits. Du moins dans cette société de conseil financier située à Hobart dans l'Etat australien de la Tasmanie.

A priori, Collins SBA n'a rien d'une start-up cool de la Silicon Valley. Son activité: vendre des produits financiers à des particuliers et des entreprises. "Comment planifier sa sortie au capital d'une entreprise?", "Les clés pour faire grossir votre business"... Voilà le type d'articles que partage sur son site cette société de 35 salariés. Rien que du très classique.

Et pourtant, il y a bientôt quatre ans, Jonathan Elliot, le directeur général, a tenté une expérience de management inédite: instaurer une journée de travail de cinq heures dans son entreprise. A l'époque, ce quadra père de famille et marié devait s'occuper de sa femme atteinte d'un cancer. "Nous avons suivi tout le processus - chirurgie, chimiothérapie, récupération. Ma fille n'avait que six mois à l'époque. Je devais donc naturellement devenir un mari et un père, puis un directeur général", explique-t-il au site Nextweb.

Mais incapable de déléguer, Jonathan Elliot décide d'aller au bureau tous les jours mais seulement le matin. "Pas de réunions inutiles, pas de bavardage, je me suis concentré sur le travail et je suis rentré à la maison à temps pour prendre soin de ma famille", explique-t-il. Son épouse guérie, il décide de reprendre un rythme normal de 8 à 10 heures par jours mais se rend compte vite compte qu'il ne fait pas plus de chose qu'en une matinée de travail.

Cinq employés ont quitté l'entreprise

Ce qui a fonctionné pour lui pourrait-il marcher pour l'ensemble de ses salariés?, s'interroge-t-il. Il le propose alors aux salariés et aux actionnaires de Collins SBA qui veulent bien tenter l'expérience. Jonathan Elliot fixe alors un cadre relativement strict: arrivée entre 8 et 9h, départ entre 13 et 14h et aucun rendez-vous personnel durant le temps de travail, pas de pause café ou déjeuner (les boissons et les collations sont offertes par l'entreprise).

La société met aussi en place une nouvelle façon de manager. Les réunions d'une heure sont abolies sauf exception, les salariés sont formés à la gestion de leur boîte mail (interdiction d'avoir plus de 20 messages non lus) et un nouveau logiciel est installé sur les postes de travail. 

Et Jonathan Elliot l'avoue, les débuts n'ont pas été faciles pour tous les salariés. Cinq employés ont même préféré quitter l'entreprise. "Une ancienne employée n'a pas voulu adopter le nouveau logiciel que nous avons fourni, son travail est devenu différent et moins efficace que celui de son équipe. Elle a décidé de partir et nous l'avons aidée à trouver un nouvel emploi, explique le directeur général. Certaines personnes n'aiment tout simplement pas le changement."

Des congés maladie en baisse de 12%

Mais dans l'ensemble, Jonathan Elliot tire un bilan très positif. Le travail est fait, les résultats commerciaux n'ont pas pâtis de la nouvelle organisation et les congés maladie ont diminué de 12%. Surtout la direction a noté un changement de mentalité qu'elle attribue au temps libre laissé aux employés tous les après-midi. “Cela a motivé les gens à repenser leur processus de travail; ce qu’ils pourraient faire différemment pour être plus efficaces", assure le directeur général. Cette nouvelle façon de travailler a aussi permis d'attirer de nouveaux talents dans l'entreprise séduit par ce temps de travail raccourci.

Evidemment avec le temps, le concept de cinq heures par jour a évolué. "Les gens apprécient de faire des journées de cinq heures mais font dans les faits rarement des semaines de 25 heures, explique Jonathan Elliot. Certains jours, ils auront besoin de six heures, d'autres jours, de sept heures. Mais ils ne travaillent en tout cas jamais 38 heures par semaine, le nombre mentionné sur leur contrat." Ce qui est globalement beaucoup moins que ce qui se pratique dans les sociétés financières où les personnes travaillent entre 50 et 60 heures par semaine. "C'est juste ridicule pour moi. Personne n'est productif pendant 10 heures d'affilée", estime Jonathan Elliot.

Très médiatisée en 2015, cette expérience n'a finalement pas fait beaucoup d'émule. Quelques maisons de retraites suédoises ont tenté la journée de six heures, cette entreprise californienne de produits de surf elle est passé aux cinq heures quotidiennes, d'autres ont tenté la semaine de quatre jours mais les exemples restent rares. D'ailleurs, Jonathan Elliot n'en fait pas un dogme. "Travailler cinq heures par jour est une récompense, pas un droit, assure-t-il. Ce que nous pratiquons dans les faits ce sont des horaires de travail flexibles, des semaines allégées et beaucoup de liberté." Le futur du management viendra-t-il des antipodes?

Frédéric Bianchi
https://twitter.com/FredericBianchi Frédéric Bianchi Journaliste BFM Éco