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Télétravail longue distance: les entreprises conciliantes?

JPG, le spécialiste des fournitures et du mobilier de bureau

JPG, le spécialiste des fournitures et du mobilier de bureau - Shutterstock / marvent

Si les DRH se disent un peu au pied du mur face à cette tendance due aux confinements à répétition, une étude montre que les demandes des salariés sont en majorité acceptées. Mais pour combien de temps?

Les confinements ont provoqué pour certains salariés l'envie de déménager en dehors des grandes villes avec l'objectif de mettre en place un "télétravail longue distance" et de revenir moins souvent au bureau.

Ce phénomène difficile à évaluer mais qui a pris de l'ampleur ces derniers mois pose un problème de taille aux entreprises et à leurs DRH au moment où sonne le début du retour théorique au bureau.

30% des DRH ont ainsi découvert que des salariés avaient déménagé pendant la crise sanitaire, pointe la présidente de l'Association Nationale des DRH (ANDRH) Audrey Richard, invitée de Good Morning Business ce mardi.

"On le prend de plein fouet"

"C’est un phénomène nouveau, nous n'étions pas confrontés à cela auparavant, on le prend de plein fouet (...) En tant que DRH, on se dit 'comment va-t-il faire?', s'il travaille à Paris et habite dans le sud de la France, il va devoir prendre le train, il va sans doute y avoir des retards régulièrement", s'inquiète-t-elle. "On est face à quelque chose qui nous pose des difficultés. L’individuel ne doit pas prendre le pas sur le collectif".

Pour autant, dans cette période de reprise et de tension, difficile pour les entreprises de revenir en arrière et d'exiger d'un salarié qui a déménagé d'y renoncer. Mieux, certaines entreprises estiment qu'il s'agit d'un atout.

D'ailleurs, selon une étude* menée pour Cooptalis, un acteur de la mobilité professionnelle, 86% des entreprises interrogées ont reçu des demandes de télétravail longue distance au cours des derniers mois et 74% ont donné une réponse favorable à ce télétravail.

74% des demandes acceptées

Preuve qu'il s'agit d'une tendance qui va s'inscrire dans la durée, 42% des accords conclus avec les demandeurs sont à durée indéterminée.

Jasmine Manet, fondatrice de Vocation média, observe ainsi "une émergence des tendances de quête de sens, de recherche de soi chez la jeune génération qui a été exacerbée par cette crise. Cette nouvelle méthode de travail est là pour durer, on en est sûr.

Reste à savoir si cette bienveillance va se poursuivre. "Une telle démarche suppose néanmoins quelques prérequis en termes d’organisation, d’analyse et gestion des risques. Pour une majorité des décideurs RH il est ainsi primordial de s’assurer des bonnes conditions d’exercice (locaux, connexion, équipements) des collaborateurs" commente le spécialiste.

Et en cas de retour à la normale sur le front sanitaire, une entreprise pourra toujours obliger son salarié revenir partiellement (voire totalement) en présentiel. S'il refuse alors que les conditions de présentiel ont été négociées, il pourra être sanctionné.

Quid des salariés qui ont déménagé à l'étranger?

Certains salariés vont même plus loin, dans les deux sens du terme, en souhaitant s'établir à l'étranger tout en gardant leur emploi en France. Selon l'étude de Cooptalis, 41 % des demandeurs veulent en profiter pour travailler depuis l’international.

Un casse-tête supplémentaire pour les ressources humaines pour peu qu'une telle demande soit acceptable et acceptée.

"Il y a notamment des problématiques liées à la fiscalité, à l’immigration, au droit du travail français ou encore à la protection sociale du salarié ", explique Sophie Serizier, CMO d’Expateo.

"Certains salariés sont partis se confiner à l’étranger sans en informer au préalable leur employeur, sans penser aux conséquences en matière d’assurance, de fiscalité et de pratiques managériales. Il est primordial d’avoir une démarche informative auprès de sa direction afin qu’elle puisse encadrer le télétravailleur ; d’autant plus que les entreprises sont engagées sur le plan de la conformité", poursuit-elle.   

Séverine Martel, avocate associée chez Reed Smith va même plus loin: "nous pensons que l'entreprise a valablement la possibilité de refuser une telle demande", nous explique-t-elle. "Avoir un salarié à l'étranger peut être considéré comme le fait d'avoir un établissement stable dans le pays concerné, donc payer des charges et des impôts, c'est un risque".

*: entretiens menés par sondage et au téléphone du 1er avril au 21 mai 2021, auprès d’entreprises françaises de toute taille. 513 répondants DRHs, CEO .

Olivier Chicheportiche Journaliste BFM Business