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Les emplois francs vont-ils enfin marcher?

Le dispositif lancé ce mardi n'est pas le premier à vouloir favoriser l'embauche des habitants des quartiers prioritaires. Mais les précédentes aides ont eu des résultats mitigés et la dernière expérimentation des emplois francs s'est même soldée par un échec. Le gouvernement réussira-t-il cette fois?

Le gouvernement va-t-il enfin réussir à dynamiser l'emploi des habitants des quartiers populaires? La ministre du Travail Muriel Pénicaud et le ministre de la Cohésion des territoires Jacques Mézard vont lancer ce mardi une expérimentation d'un an du dispositif des emplois francs. 

À profil équivalent, il est trois fois plus difficile pour un habitant d'un quartier populaire d'accéder à l'emploi que pour ceux qui résident ailleurs. Pour remédier à cette situation, le gouvernement entend inciter les entreprises à embaucher les demandeurs d'emploi habitant dans ces quartiers, en leur versant une prime: 15.000 euros par an sur trois ans maximum pour l'embauche d'un CDI, ou 5000 euros sur deux ans maximum pour un CDD de plus de six mois.

L'expérimentation concerne 197 quartiers répartis dans sept territoires, dont quatre en Île-de-France, les métropoles de Lille et Marseille, et l'agglomération d'Angers. 

25% de chômage dans les quartiers prioritaires

Ce n'est pas la première tentative des pouvoirs publics pour faire baisser le chômage dans les "quartiers prioritaires", qui dépasse les 25% en 2016 selon l'Observatoire national de la politique de la ville (ONPV), contre 10% pour l'ensemble de la France.

En 1996, le gouvernement de l'époque lance les Zones urbaines franches (ZUF). Le principe est de proposer des exonérations fiscales aux entreprises qui viennent s'implanter dans ces quartiers. En échange, elles devaient s'engager sur une clause d'embauche, qui stipule qu'un recrutement sur deux soit être réservé aux habitants du quartier.

Si le dispositif a réussi à attirer des entreprises les premières années, beaucoup sont reparties. Les professions libérales ont en revanche profité des exonérations pour s'installer. "Le résultat c'est que ça n'a pas créé beaucoup d'emplois", indiquait le ministre de la Ville François Lamy en 2012. 

L'échec de la première expérimentation

Face à ces résultats peu satisfaisants, l'exécutif décide de lancer une expérimentation d'emplois francs à l'été 2013. Les employeurs perçoivent une prime de 5000 euros pour l'embauche en CDI d'un jeune de moins de 30 ans. L'objectif était de signer 10.000 contrats de ce type en trois ans. Un an plus tard, il n'y en avait que 250...

Cet échec cuisant a poussé le gouvernement à finalement reconduire les ZFU, qui devaient disparaître en décembre 2014. Elles ont été rebaptisées "Territoires entrepreneurs" et doivent durer jusqu'en 2020. Contrairement au précédent dispositif, la clause d'embauche est passée de 50% à 30% des recrutements réservés aux habitants du quartier et les exonérations d'impôts sont moins avantageuses pour éviter les effets pervers.

Tirer les leçons des précédents échecs

Ce type de dispositif a visiblement du mal à fonctionner. Pourquoi Emmanuel Macron a-t-il décidé de relancer les emplois francs? Le gouvernement fait valoir que "les leçons de l’expérience précédente ont été tirées". Dans cette nouvelle version, ce ne sont plus les jeunes mais tous les demandeurs d'emploi habitants dans les quartiers prioritaires qui sont concernés. Le montant de l'aide a été relevé et une nouvelle a été créée pour les CDD. Surtout, les entreprises qui peuvent bénéficier du dispositif n'ont pas forcément besoin d'être localisées dans le quartier concerné, encourageant la mobilité. Cela suffira-t-il pour enfin réussir?

J.-C.C.