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Emploi

La France compterait 300 000 travailleurs étrangers «low cost»

Dans le secteur du bâtiment, il y aurait 110 00 travailleurs "low cost".

Dans le secteur du bâtiment, il y aurait 110 00 travailleurs "low cost". - -

Poussés par la crise, les entreprises et les travailleurs étrangers investissent le marché du travail français. Pour certains, cela vire parfois à l'exploitation et à la concurrence déloyale. « Inacceptable de travailler pour 2,86 euros de l'heure », dénoncent des syndicalistes.

Ils seraient plus de 300 000 salariés étrangers « low cost » en France. Pour le seul secteur du bâtiment, on en compterait 110 000. Exploités, certains ouvriers venant de Pologne, de Bulgarie, d’Espagne ou du Portugal sont payés moins d’un demi SMIC. Une concurrence déloyale dénoncée par les syndicats et les entreprises.
Pourtant, la directive européenne 96/71 autorise les entreprises françaises à faire appel à un prestataire de service n'importe où dans l’Union Européenne. En principe, c’est le droit français qui s’applique en matière de salaire, de temps de travail et de surveillance médicale. Mais du principe à la réalité, il y a parfois beaucoup d’abus.
En Auvergne, le nombre de travailleurs étrangers a augmenté de 60% en 2012 et certains d’entre eux ont des conditions salariales très loin des seuils minimums français.

« Des travailleurs étrangers pour rentabiliser les chantiers »

C’est notamment la crise financière qui a poussé certaines entreprises à faire appel à cette main d’œuvre étrangère rentable. « On est dans une situation difficile avec un raréfaction du travail, moins de chantiers, explique Jean-Jacques Moireau, président de la Fédération du bâtiment du Puy-de-Dôme. Donc les prix descendent. Pour arriver à rentabiliser ses chantiers, parfois certains entrepreneurs, que nous dénonçons, peuvent être appelés à utiliser ces sous-traitances en cascade jusqu’au travailleur final d’origine étrangère exploité et sous payé par rapport aux rémunérations qu’il devrait percevoir ».

« Inacceptable de travailler pour 2,86 euros »

Certains syndicalistes sont partis en croisades contre ces pratiques. C’est le cas de Laurent Dias. Syndicaliste CGT construction en Auvergne,il traque sans relâche les dérives de l’emploi de travailleurs étrangers « low cost ». « On ne peut pas accepter qu’en France des personnes travaillent pour moins de 2,86 euros par heure », explique-t-il sur RMC. Sur les chantiers qu’il visite, Laurent Dias remarque souvent les plaques d’immatriculations des voitures sur le parking. Beaucoup viennent de l’étranger. Parfois, révèle-t-il, les salariés étrangers travaillent en réalité pour ses sous-traitants de sous-traitants et à la fin du mois ne touchent que la moitié d’un SMIC. Comme cet ouvrier polonais qui rapporte avoir travaillé « 22 jours pour 450 euros ».

Police : « Pas les moyens de suivre les travailleurs »

Face à ces pratiques, la police fait ce qu’elle peut car il est souvent difficile de contrôler tous les chantiers et de suivre les déplacements des travailleurs. « Ce qui rend la situation ardue est en premier lieu la barrière de la langue, déplore Félix Millera, directeur adjoint du travail et responsable de l’inspection du travail dans le département du Puy-de-Dôme. Le second obstacle c’est qu’ils ne restent pas toujours dans le même département et donc chacun de nos services départementaux n’a pas les moyens de les suivre sur tout le territoire. Bien sûr, on se transmet les informations. Mais il faut être clair : c’est souvent insuffisant ».

T. de Dieuleveult avec A.Perrin