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"Il faut tout prendre du modèle de dialogue social allemand"

Carole Couvert, présidente de la CFE CGC, était l'invitée de Stéphane Soumier dans Good Morning Business ce 22 avril.

Carole Couvert, présidente de la CFE CGC, était l'invitée de Stéphane Soumier dans Good Morning Business ce 22 avril. - BFM Business

Carole Couvert, la présidente de la CFE-CGC, estime que plutôt que de faire son marché dans le modèle de dialogue social allemand, il faut tout -ou rien- en importer.

Le ministre du Travail, François Rebsamen, présente ce mercredi en Conseil des ministres son projet de loi sur le dialogue social. Après l'échec des négociations entre les partenaires sociaux, le gouvernement a donc repris la main, mais pour un résultat a minima. Pas de grande révolution dans le fonctionnement des instances de représentation du personnel dans les entreprises, mais juste assez, en définitive, pour mécontenter syndicats et patronat. Trois questions à Carole Couvert, la présidente de la CFE-CGC. 

Pourquoi les négociations entre partenaires sociaux sur le dialogue social ont-elles échoué? 

Tout simplement parce qu'il y a eu un arrêt unilatéral des discussions par le Medef. Le dernier jour, nous avions un texte remis par le Medef la veille. Nous avons, pour la septième fois puisque c'était la septième séance de négociations, répété ce qui nous manquait dans ce texte. C'est extrêmement révélateur: dans les séances de négociations, nous n'avons jamais négocié. Nous n'avons fait que répéter ce qui nous manquait dans le texte, le Medef a suspendu la séance, puis la délégation patronale est revenue, nous disant "nous n'y arrivons pas, nous arrêtons la négociation". 

Comment la CFE-CGC veut-elle réformer le dialogue social?

Nous voulions changer de paradigme. Le patronat a proposé le fameux conseil d'entreprise, une instance unique de représentation des salariés. C'est un bout du modèle de dialogue social allemand. Nous avons répondu "ne faisons pas notre marché dans le modèle syndical allemand, prenons le en entier".

Outre l'instance unique, cela veut dire prendre la codécision. Autrement dit, prendre les décisions ensemble –partenaires sociaux et chefs d'entreprises- quand tout va bien, comme lorsque tout va mal. Donc mettre en place un dialogue social plus mature, partager toutes les informations, sans avoir de peurs. Il faut recréer les conditions de la confiance en l'autre en France, parce que c'est quelque chose qu'on a perdu.

Dernier point du modèle social allemand: lorsqu'on signe son contrat de travail dans le pays, on signe en même temps sa carte d'adhésion syndicale. Cela change la donne puisque cela veut dire que les partenaires syndicaux ont une vraie responsabilité.

Ne faut-il pas alors peaufiner l'organisation d'élections syndicales dans les entreprises pour mesurer la représentativité des différentes centrales? 

Depuis 2008, nous sommes soumis au critère électif. L'avantage c'est que nos militants sont revenus sur le terrain, et nous constatons une progression constante de la CFE- CGC. Nous marquons des points dans toutes les élections. L'inconvénient de cette loi, c'est qu'elle nous a mis dans la même position que les partis politiques, c'est-à-dire dans une course permanente à la voix. Elle rend plus difficile la recherche de compromis entre organisations. Cela s'est vu lors de la dernière séance de négociation.

N.G.