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Stocks de médicament, soldats... Le Royaume-Uni se prépare au Brexit comme à un état de siège

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Soldats, ferrys réquisitionnés... Le gouvernement britannique vient d'allouer 2 milliards de livres (2,2 milliards d'euros) pour planifier des mesures d'urgence en cas de Brexit sans accord avec l'Union européenne.

Theresa May se prépare au pire. À 100 jours de la date officielle de la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne, la première ministre a réuni cette semaine son cabinet pour évoquer l'éventualité de débloquer 2 milliards de livres supplémentaires (2,2 milliards d'euros) afin de prendre des mesures en cas de Brexit sans accord.

Et ce plan d'urgence détaillé dans DailyMail ne va pas rassurer les Britanniques. Quelque 3500 soldats sont ainsi prêts à intervenir pour soutenir les services gouvernementaux. Des espaces ont déjà été réservés sur des ferrys afin d'y transporter des produits de première nécessité comme des médicaments. Près de Douvres et à l'aéroport Manston dans le Kent, 10.000 emplacements sont prévus pour faire patienter les camions qui pourraient repartir vers la France.

Le gouvernement veut également éviter que les britanniques se ruent sur les denrées alimentaires: un grand plan de communication à destination des familles est prévu. 

Des achats de réfrigérateurs en masse

La NHS (la Sécurité sociale britannique) a mis en place un plan de stockage des médicaments pour éviter toute pénurie, et depuis quelques jours, elle est ainsi devenu le plus gros acheteur de réfrigérateurs du monde!

"Je ne m'y attendais pas, a commenté Matt Hancock, le ministre de la santé britannique sur la BBC. Mais nous avons fait ça pour nous assurer que nous disposerons de suffisamment de médicaments."

"Un gouvernement responsable se prépare à toutes les éventualités et c'est la raison pour laquelle nous intensifions les préparatifs en cas d'absence d'accord", a déclaré le ministre des Finances, Philip Hammond, dans un communiqué afin d'éviter la panique. Au total, "le Trésor a alloué plus de 4,2 milliards de livres (4,7 milliards d'euros) aux préparatifs en vue du Brexit depuis 2016", a précisé le ministère des Finances. 

Sur cette somme, le ministère de l'Intérieur et le département des douanes, chargé des contrôles aux frontières, se taillent la part du lion, avec respectivement 480 et 375 millions de livres (534 et 417 millions d'euros), qui doivent permettre de recruter "des centaines" de personnes pour la police des frontières et 3000 agents des douanes. 

Le ministère de l'Agriculture recevra quant à lui 410 millions de livres (456 millions d'euros) pour "assurer le maintien du commerce des produits de la pêche, des produits chimiques et de l'agroalimentaire". 

Le scénario du chaos

Le gouvernement a déjà diffusé ces derniers mois des dizaines de notes techniques évoquant, en cas de "no deal", une hausse des frais téléphoniques et bancaires, d'éventuelles pénuries de médicaments ou un possible chaos dans les transports. La Banque d'Angleterre a quant à elle mis en garde contre un effondrement de la livre et une montée en flèche du chômage. Selon Downing Street, quelque 80.000 entreprises qui seront les plus affectées se verront adresser un email dans les prochains jours et un guide de plus de 100 pages sera publié en ligne.

De son côté, la Commission européenne a également intensifié ses préparatifs en vue d'un "no deal", qu'elle présentera mercredi.

Theresa May a reporté à la dernière minute un vote au parlement de son projet d'accord, initialement prévu pour le 11 décembre, face au risque qu'il se fasse retoquer par les députés, qu'ils soient partisans d'un Brexit sans concessions ou favorables au maintien dans le club européen. Le texte doit à présent être soumis au vote au cours de la troisième semaine de janvier. 

Face au blocage de la situation, de plus en plus de voix s'élèvent pour soutenir l'organisation d'un second référendum, dans l'opposition comme chez les conservateurs. Une cinquantaine de personnalités du monde économique ont également défendu cette option mardi dans le quotidien Daily Telegraph, même si elle est catégoriquement rejetée par Theresa May. 

Frédéric Bianchi avec AFP